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Berne éclaircit le paysage saturé des festivals de films

Le conseiller fédéral Pascal Couchepin était à Locarno hier pour présenter sa nouvelle politique de soutien aux festivals de cinéma. Qui ne fait pas que des heureux.

Il y a la montée des marches à Cannes, il y aura désormais aussi la descente des marches à Locarno. Veste d'été et chemise ouverte, Pascal Couchepin s'est glissé hier par un petit escalier verdoyant dans la cour de la Bibliothèque municipale de Locarno où l'attendait une centaine de journalistes et de professionnels du cinéma, brûlants de connaître le verdict du conseiller fédéral. Seul Anthony Hopkins, une heure après lui, dévalant les mêmes marches, a eu droit aux mêmes regards avides.

Pour définir une nouvelle politique de soutien aux festivals, la section cinéma de l'Office fédéral de la culture, menée par Nicolas Bideau, avait décidé cette année de revoir la répartition des subventions: «Il y a trop de festivals, il a fallu faire des choix», rappelle Pascal Couchepin. Le but était d'éviter le saupoudrage, de donner les moyens suffisants à certains festivals importants afin qu'ils puissent fournir un travail cohérent dans la découverte des talents cinématographiques et faire leur place parmi les plus grands. Quitte à décevoir les autres. Pour cette expertise, une commission de cinq professionnels (production, distribution, réalisation, communication et critique) s'est réunie durant trois jours pour départager les vingt événements qui ont sollicité l'OFC au début de l'année. En jeu: 2,5 millions de subventions (un montant inchangé par rapport à l'an dernier, malgré la diminution du budget de l'OFC). Soit presque la moitié de ce que demandaient, ensemble, les vingt candidats. Il a donc fallu les départager (12 ont été subventionnés) et répartir les subventions de manière cohérente. Les festivals ont été examinés sous trois aspects: la qualité de la programmation, l'organisation et l'impact national.

Il y a deux grands gagnants dans cette course à la manne fédérale: le Festival du film de Locarno et Vision du réel, le festival du documentaire de Nyon dirigé par Jean Perret. Ils sont les chefs de file du premier des trois groupes récompensés, les festivals «A», dont la tradition et la ligne indiscutablement claire est saluée. Avec les Journées cinématographiques de Soleure, également dans ce groupe, ils récoltent à eux trois 80% des subventions fédérales. Les deux groupes suivants se partagent les 20% restants: ceux qui ont été jugés de «particulièrement prometteurs» (la catégorie «Un certain regard») et un groupe de petites manifestations très spécialisées («Un nouveau regard»), qui obtiennent un coup de pouce annuel. Toutes les subventions sont accordées trois ans au maximum. En 2010, une nouvelle expertise sera menée. Berne n'a pas voulu faire d'exception, même pour Locarno, qui réclamait une subvention stable renouvelable tacitement d'année en année.

Derrière Locarno et Nyon, les festivals zurichois rejoignent le camp des heureux, eux qui ne touchaient aucune subvention jusqu'ici. Le NIFFF, festival du film fantastique de Neuchâtel, jubile également.

Dans le camp des perdants, le coup le plus rude est porté à Genève. Cinéma Tout Ecran, la manifestation dirigée par Léo Kaneman, perd ses 180 000 francs de subventions annuelles. «La programmation a été jugée peu claire, la gestion peu transparente et l'impact trop lémanique», explique Nicolas Bideau. Et Black Movie, le festival genevois des films d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, qui reçoit 25 000 francs, a-t-il un impact national? «Là, c'est une subvention ponctuelle», répond «Monsieur Cinéma». Dans les détails, la nouvelle politique culturelle souffre de quelques incohérences. Plus tard, Nicolas Bideau développe: «Faire un festival qui mêle télévision et cinéma est une bonne idée, mais il faut suivre les tendances. Cinéma Tout Ecran a quelques années de retard.» Léo Kaneman réfute le jugement et promet qu'il a de quoi rebondir.

Soleure, malgré sa position parmi le groupe des gagnants, fait grise mine. La vitrine du cinéma suisse ne reçoit pas un franc de plus que l'an dernier. «Ça nous coupe les ailes!», conteste Ivo Kummer. «Soleure est né dans les années 60, quand le cinéma suisse n'avait pas d'accès aux salles. Quarante ans plus tard, le cinéma suisse n'est plus boudé. Soleure n'a peut-être pas suivi d'assez près cette évolution», disait Nicolas Bideau.

Quant au Festival de Fribourg, il reçoit une subvention d'encouragement, moitié moins élevée que l'an dernier. La Confédération a voulu encourager le festival dans le changement qu'il opère à sa tête avec la nomination du spécialiste du cinéma d'ailleurs Edouard Waintrop pour l'édition 2008 (lire LT du 02.08.07). Mais tout est à refaire pour l'an prochain.