Hommage

Bernhard Böschenstein, disparition d’un être inspiré

Bernhard Böschenstein était professeur honoraire du département de Langue et littérature allemande de l'université de Genève. Il s'est éteint à l'âge de 87 ans

Il était l’un des meilleurs interprètes de la poésie allemande que la Suisse ait connus, spécialiste de Hölderlin, de Stefan George, de Celan, mais aussi des interactions poétiques entre l’Allemagne et la France.

Né à Berne en 1931, mais formé à Zurich ainsi qu’à la Sorbonne, élève d’Emil Staiger mais aussi de Georges Poulet, doué d’une solide formation d’helléniste, Bernhard Böschenstein fut à partir de 1962 le principal professeur de littérature allemande de l’Université de Genève.

Sa thèse sur l’hymne de Hölderlin, Der Rhein, le plaça d’emblée au premier rang des interprètes de la tradition allemande. Plusieurs recueils d’essais, la plupart consacrés à des poètes, la suivirent, mais, bien plus qu’un homme de l’écrit, il était un conférencier dont la parole vous touchait à la fois par sa pertinence et la force de conviction qui était la sienne.

Un passionné de la tradition lyrique européenne

Ami d’enfance de Friedrich Dürrenmatt, lié à Paul Celan, mais aussi aux poètes romands comme Gustave Roud ou Philippe Jaccottet, proche d’André du Bouchet, qu’il aida à traduire Hölderlin, il incarnait dans sa personne tout ce qu’un interprète de poésie est capable d’offrir aux lecteurs désireux d’en apprendre davantage sur ce qu’ils lisent. Sa méthode, qui reposait sur une parfaite connaissance des textes, consistait pour l’essentiel à refaire pas à pas sur un plan critique le cheminement que le texte ou que l’œuvre avaient parcouru, à tenter d’en retracer les présupposés ainsi que l’horizon, bref à l’interpréter à la fois du dehors et du dedans pour mieux en faire comprendre les tenants et les aboutissants.

Personne, à Genève, n’incarnait de manière plus enthousiaste ni plus inspirée la tradition lyrique européenne, peu de professeurs mettaient autant de passion dans la transmission de leur savoir. Je le sais et puis en témoigner, ayant appris de lui davantage sans doute que de quiconque. Disciple d’un disciple de George, il n’aimait rien tant que d’avoir devant lui un séminaire de jeunes gens aimant lire des poèmes auxquels il tentait de communiquer la mesure de l’exigence (exigence de précision, de liberté) que réclament les œuvres poétiques de la modernité.

Bien qu’âgé et retiré dans un EMS depuis de nombreux mois, il avait gardé cette sorte d’ingénuité qui le caractérisait et qui traduisait son rapport à autrui ainsi qu’une joie de vivre qui l’accompagna jusqu’au bout. C’est un être inspiré que Genève a perdu.

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