L'information a fait lundi la une de la Südostschweiz Zeitung: Bernhard Cathomas, actuel directeur de la fondation Pro Helvetia, partirait favori pour diriger prochainement la Radio et Télévision romanche (RTR). Depuis, la Commission romanche de radio et télévision (CRR) est en pourparlers afin de trouver un successeur à Chasper Stupan. Ce dernier doit quitter son poste de directeur en automne prochain et partir en retraite. Un candidat devrait être proposé par la CRR cette semaine, vraisemblablement jeudi prochain. Selon le quotidien grison, la CRR elle-même aurait fait appel à Bernhard Cathomas pour assurer la direction de la RTR.

Des négociations seraient en cours entre Armin Walpen, directeur général de la SRG-SSR Idée Suisse (SSR), et l'intéressé. Peter Egloff, directeur des programmes de la Télévision romanche, ou Chasper Pult, actuellement en poste à Milan pour Pro Helvetia, compteraient en outre parmi les autres candidats possibles. Ni confirmées ni infirmées, par aucune des parties d'ailleurs, ces informations proviennent vraisemblablement de sources proches de la CRR. Hier encore, il était absolument impossible de recueillir aucune information officielle sur ces négociations, tant du côté de la direction de la SSR que de Pro Helvetia.

Pourquoi Bernhard Cathomas quitterait-il le poste prestigieux de directeur d'une fondation d'envergure internationale pour prendre la tête d'une antenne régionale de la SSR, qui plus est la plus petite (moins de 40 000 Rhéto-Romanches)? La question demeurait hier sur toutes les lèvres, aussi officieuses soient-elles. Bernhard Cathomas, 54 ans, est certes d'origine rhéto-romanche. A la tête de Pro Helvetia depuis 1998, il a dirigé de 1980 à 1997 la Lia Rumantscha, fondation de promotion de la langue et de la culture romanches. De 1989 à 1997, il a fait partie du parlement du canton des Grisons. Certains observateurs soulignent que le poste de directeur d'une unité d'entreprise de la SRG-SSR Idée Suisse permet d'accéder au comité directeur de la régie fédérale. Composé des sept directeurs d'unité, du directeur général et d'un secrétaire général, le comité est l'organe stratégique du service public.

S'il se confirme, ce départ risque de fragiliser plus encore la structure de direction de Pro Helvetia. En proie aux pires luttes intestines, toujours à la merci de fuites calculées, la fondation a connu un bref moment de calme depuis l'arrivée cet automne de François Wasserfallen, vice-directeur chargé de mener à terme les réformes entreprises par la direction. Si le départ prématuré du directeur actuel rappelle celui de Urs Frauchiger, qui avait quitté la direction quelques années seulement après son arrivée, il évoque surtout une critique souvent exprimée à l'endroit de la structure de Pro Helvetia: la direction n'est pas un poste décisionnel.

Le système fédéraliste de l'institution ne donne en effet à la direction qu'un rôle d'exécutant. Le pouvoir décisionnel concernant les requêtes de financement d'activités artistiques est détenu par le Conseil de fondation: une assemblée d'experts de milice issus des cantons et divisée en huit disciplines. Ce système a deux désavantages. Premièrement, il engendre des lourdeurs de fonctionnement, que l'augmentation du nombre de dossiers à traiter rend plus évidentes encore. Deuxièmement, il renforce la fragmentation des différentes disciplines culturelles. Le premier projet de réforme prévoyait d'ailleurs la rationalisation du système actuel par le renforcement du pouvoir décisionnel du secrétariat et le regroupement des disciplines en trois groupes: «image», «son» et «lettre» (Le Temps du 19.06.00). La fondation Pro Helvetia devra-t-elle se trouver un nouveau directeur d'ici à l'automne prochain? Réponse probable à la fin de la semaine.