Une cave où la pensée swingue. L’enclave d’une camaraderie. A Genève, à dix foulées de la frontière française, le Théâtricul est ces jours un refuge pour conspirateurs-poètes. L’autre soir, on s’y engouffre pour fuir la pluie et rencontrer la jeunesse de Bertolt Brecht, cet écrivain allemand aux mille visages. Sur le banc en bois, dans cette salle en forme de goulot, on goûte à des breuvages qui ragaillardissent: une ballade à fendre l’armure du plus enragé des bellicistes, un poème qui est un pavé dans la mare aux indifférences, une épopée qui salue un soldat-fantôme. Ce sont les brèves des années 1930-1940, des instantanés saisis au vol par un témoin toujours en première ligne, libérés aujourd’hui par la musicienne-chanteuse Karine Quintana, les comédiens Jean-Louis Hourdin et Philippe Macasdar, ancien directeur du Théâtre Saint-Gervais.