Bertrand Belin est né à Quiberon, en 1970, dans une famille de pêcheurs. Depuis il a ajouté quantité de cordes à son arc. Il a tourné et enregistré des albums avec des groupes venus d’ailleurs. Il a écrit et chanté en solo, sorti plusieurs disques, dont «Hypernuit», «Parcs» et, l’an passé, «Cap Waller». Il a aussi fait l’acteur, sur scène («Spleenorama») et dans des films («Ma vie avec James Dean»). Mais il ne s’en est pas contenté pour autant. En 2015, il publiait un roman, «Requin», chez P.O.L, inspiré d’une précédente fiction musicale et radiophonique, intitulée «Cachalot». Il y était question de noyade dans un lac artificiel près de Dijon.

Rouge de honte

2016, et voici un nouveau roman, «Littoral», qui semble boucler une boucle en nous ramenant, par la littérature, du côté de Quiberon. Nous nous retrouvons, en tout cas, sur les rives de l’océan, le long d’une côte accidentée, sur un bateau de pêche. A bord règne un maître, un «solide bonhomme» en rouge. On constate rapidement qu’il est facilement rouge de colère, mais moins aisément, voire pas du tout, de honte. Ainsi, il n’a pas honte d’abandonner son mousse sur une balise en pleine mer, pas plus que de maltraiter sa famille et le troisième homme de son petit équipage.

Rouge de colère

Au début l’affaire semble se concentrer sur un goéland, malheureux, pris dans des filets qui ne lui étaient pas destinés qui ont entraîné son trépas. On nettoie l’oiseau puis, ni vu ni connu, on le remet à l’eau. Mais cet épisode n’est qu’un hors-d’œuvre. Car, hors du bateau, ce n’est pas le type en rouge qui fait la loi, mais «l’armée d’un pays», qui surveille de près les allées et venues des pêcheurs. Et ça au type en rouge, ça ne lui plaît guère, ça le rend même, rouge de colère…

Pour raconter cette fable maritime, mystérieuse, Bertrand Belin a choisi la brièveté – le texte fait 87 pages – et l’ellipse. Il sature son texte de mots de mer, qui accentuent sa poésie âpre et son étrangeté. Lire «Littoral», c’est se plonger dans l’eau salée, respirer les vapeurs de mazout, prendre des coups et participer à une geste mystérieuse, violente et poétique.


Bertrand Belin, «Littoral», P.O.L, 88 p.