Pour le monde occidental, tout a commencé par une dépêche sur le fil de l’AFP, datée du 26 août 2015: «Une touriste française a été grièvement blessée par un ours sur les flancs d’un volcan de la péninsule du Kamtchatka, dans l’Extrême-Orient russe.» Mais pour l’anthropologue Nastassja Martin – car c’est d’elle qu’il s’agit, l’AFP rectifiera dès le lendemain –, cette rencontre terrible et décisive avec l’ours est une histoire bien plus longue, une histoire qui vient de très loin, peut-être même immémoriale. Car elle la renvoie – et elle nous renvoie lorsqu’on lit Croire aux fauves, le récit étonnant qu’elle a tiré de cette expérience – aux premiers face-à-face entre la bête et l’humain, lorsque l’une et l’autre étaient encore étroitement liés par la chasse, le rêve, le territoire.