Elle était déjà venue à Montreux avec Gossip, la revoilà en solo, moins de trois semaines après la sortie de Fake Sugar, excellent album qui la voit ferrailler entre soul urbaine («In and Out»), folk brinquebalant («Fake Sugar»), rock binaire («Oo la la») et pop épique («We Could Run», on dirait du U2). Autant de titres que Beth Ditto a interprétés lundi soir avec ses quatre musiciens. Lorsqu’elle débarque sur la scène de l’Auditorium Stravinski, elle s’amuse d’abord à imaginer les Pet Shop Boys nerveux à l’idée de fouler après elle la scène principale du Montreux Jazz. Durant tout son concert, l’Américaine conversera ainsi avec le public, s’amusera, balancera des blagues et des confidences que son accent de l’Arkansas ne rend pas toujours aisées à saisir.

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Le principal atout de l’Américaine, en dehors d’une énergie punk, c’est sa voix. Elle l’a souvent forcée, avec comme résultat une ablation de quelques polypes venus lui chatouiller les cordes vocales. C’était il y a une année, et à Montreux elle s’est excusée d’avoir la voix à nouveau chancelante, voire carrément cassée, dit-elle. Reste que durant près d’une heure, elle a fait le show, glissant au milieu de ses nouveaux titres des reprises percutantes de Gossip – «Love Long Distance», «Heavy Cross», «Standing in the Way of Control». Il y a chez la chanteuse quelque chose de magnétique dans la façon qu’elle a de promener sa ronde silhouette de part et d’autre de la scène, à la fraîche, comme si elle chantait dans son salon. Lorsqu’elle quitte la scène, visiblement épuisée, cette certitude: son concert aurait mieux convenu à la moiteur du Jazz Lab, deux étages plus bas.

Pionniers de l’EDM

Puis vinrent les Pet Shop Boys, soit le chanteur Neil Tennant et le programmateur et claviériste Chris Lowe, qui proposent depuis le début des années 1980 une électro-pop sans grande aspérité. Le show en impose, les projections sont faites pour hypnotiser la salle dès les premières secondes. Lorsque le duo, accompagné de trois musiciens, balance ses tubes («West End Girls», «Opportunities», «It’s a Sin», «Always On My Mind», «Domino Dancing», «Go West», «New York City Boy»), le public s’excite, danse un peu et filme beaucoup. Mais lorsque sont joués des morceaux du récent Super, l’attention est moindre. Au mitan des années 1980, les Pet Shops proposaient une pop synthétique aux douces réminiscences new wave. Depuis le début des années 1990, ils ont lissé leur son, devenant les premiers ambassadeurs de ce qu’on appelle désormais l’Electronic Dance Music (EDM), une musique formatée et taillée pour les clubs plus que pour la scène.

A côté d’un Chris Lowe quasi momifié, invisible derrière ses lunettes noires et sous sa casquette assortie, Neil Tennant (63 ans le 10 juillet) accuse un sérieux coup de vieux. Malgré le plaisir qu’il semble avoir d'être là, sa voix se fait souvent chétive, fluette, noyée qu’elle est sous des beats souvent trop assourdissants. Deux percussionnistes encadrent la scène, mais on n’a pas vraiment l’impression de les entendre – comme si le duo cherchait à cacher le manque d’inspiration de ses derniers albums sous un gros son. Lorsqu’il quitte la scène, cette certitude: sa musique n’est pas de celles qui supportent le mieux l’épreuve du live.