Exposition

A Bex, l’énergie se déploie au pluriel

La 13e édition de la triennale Bex & Arts réunit dans le parc de Szilassy les œuvres de trente-et-un plasticiens. Placée sous le signe de l’énergie, elle rappelle que Bex se trouve en bas de la moraine, où confluent les eaux et l’énergie des barrages

Un vent nouveau souffle sur la triennale de sculpture qui s’épanouit en plein air, dans le domaine de Szilassy, à Bex. C’est désormais l’artiste bellerine Catherine Bolle qui en prend la responsabilité alors que les deux dernières éditions de Bex & Arts avaient été orchestrées par Noémie Enz et Jessica Schupbach. Sujettes à une certaine désillusion, les jeunes ex-curatrices – qui avaient misé sur un renouvellement de cette manifestation à l’audience nationale – ont choisi de se retirer.

Chevillé au plaisir de la promenade, dans ce jardin qui tient d’un véritable paysage, – avec ses vallonnements, ses prés et ses «forêts», ses interventions de la main de l’homme (les bâtiments, mais aussi le cimetière familial), son ouverture vers le proche (la ville de Bex) et les lointains (la plaine du Rhône et les montagnes) –, le visiteur est à peine effleuré par un sentiment de retour en arrière, ou d’une normalisation, face à une prise de risques plus mesurée et à l’éclatement des propositions.

Innovations

Sur le plan des innovations, l’inclusion en haut du parcours – puisqu’une des originalités du parc est son dénivelé – d’un pavillon-atelier conçu par le cabinet d’architectes lausannois Montalba: le «FabLab de poche». On y trouvera notamment les maquettes de chacune des œuvres, l’occasion de vérifier qu’on n’a rien manqué au fil de la visite; certaines pièces sont en effet relativement cachées, comme l’installation sonore de Pierre Mariétan dans la grotte ou les pseudo-terriers de marmottes joliment intitulés L’origine du monde par Mirko Baselgia.

Cette année, la triennale est placée sous le thème de l’énergie. La cité, explique la curatrice et artiste, a pour destin géographique de se trouver en bas de la moraine, où confluent les eaux et l’énergie des barrages. Une pièce en verre acrylique reproduit des Glaces nomades descendues en plaine à la suite de la fonte du glacier du Rhône.

Sur Bex & Arts 2014: Des îles émergent au milieu des arbres

Oeuvres adaptées au point des vents

Les œuvres, qui ont été confiées à une équipe de monteurs – car au fil des éditions, l’organisation a acquis un statut professionnel –, doivent être adaptées aux pointes de vent: le foehn, particulièrement virulent, est susceptible de souffler jusqu’à 160km/h! Ainsi, l’aiguille plantée dans le vif du terrain, jolie trouvaille de Nicole Dufour qui voit Dieu en couturière (et non en tailleur), ne s’envolera pas, ni les tourniquets signés Joëlle Allet, ni même Les ailes de l’espoir de Pierre Zaline. Et ni, en dépit du titre (Le vent les portera), les oiseaux qui, dans le triptyque expressionniste et impressionnant d’Olivier Estoppey, semblent figurer l’espoir.

Si l’humour et le second degré ne sont pas la qualité première de cette édition, ils sont compensés par la diversité et la cohérence interne à chaque œuvre. Telle la Nouvelle vague d’Yves Boucard – qui transporte le visiteur d’un milieu champêtre jusqu’au bord de la mer –, dont les formes virtuoses, en bois peint en blanc, miment le mouvement dynamique. Telle également la proposition d’Etienne Krähenbühl, Droit dans le mur?, où le mur en question, en acier, s’avère moins intransigeant et définitif qu’il n’y paraît au premier abord.

Appel à la foudre

Pour parler essentiellement des sculptures qui répondent à l’exigence du thème – l’énergie –, on évoquera encore l’installation de Daniel Schlaepfer, formée de vasques qui miroitent et d’un mécanisme de fontaine. Celui qu’on surnomme le «sculpteur de lumière» parvient à fasciner le visiteur justement avec cette lumière qui, sous forme de gouttes, tombe des arbres et brise le plan d’eau, lequel tente inlassablement de se reformer. Les cinquante éléments en cœur d’épicéa, partiellement recouverts de dorure, qu’Eva Theytaz a fichés dans le pré suivant une arabesque que suit à son tour le spectateur, – invité à vaguer à travers le domaine au rythme voulu par la plasticienne –, semblent autant d’échelles nous reliant au ciel, ou de paratonnerres. De même pour le pieu que Heinrich Gartentor a enfoncé dans une botte de foin, à laquelle, si l’orage s’en mêle, la foudre boutera le feu.

Pour d’autres artistes, le rapport au thème semble plus anecdotique, l’important se trouvant ailleurs, dans un rapport très simple entre leur propre univers et les beautés du site. Ceux-là toutefois ôtent un peu de sa cohérence à la présentation, puisqu’il s’agit d’une exposition collective. Il faut dire que la trentaine de plasticiens invités appartiennent à différentes générations – ils ont entre 30 et 80 ans – et viennent de diverses régions du pays. Le principal trait d’union entre leurs œuvres tient donc dans ce dialogue qu’elles instaurent avec le paysage d’une part, et le visiteur de l’autre.


Bex & Arts 2017: L’énergie. Propriété de Szilassy, jusqu’au 15 octobre. Tous les jours de 10 à 19h.

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