Religion

La Bible, une histoire de migrations

Tout le récit de l’Ancien Testament et des Evangiles est en mouvement

«Le contexte de la Bible hébraïque est celui de déplacements, de mouvements, constate Etienne Sommer, pasteur et président de l’Agora, l’aumônerie des migrants à Genève. Les gens se déplacent. Le judaïsme est issu de peuples nomades. Tous les héros de l’Ancien Testament sont nomades, et Jacob l’est d’ailleurs pour des raisons économiques, ce qui n’est pas sans intérêt. Dieu non plus n’est pas dans un seul lieu. On voit la résistance que Dieu a à être situé dans un lieu donné, dans un temple donné. Il est en déplacement, dans l’Arche.»

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Si la question des migrations, aujourd’hui, agite l’Occident, force est de reconnaître que tout l’Ancien Testament est ponctué par le déplacement des peuples. A commencer par ce qu’Etienne Sommer appelle la «déportation à Babylone», long exil sous contrainte militaire pour le peuple juif. Reste que, note le pasteur, le christianisme d’origine nomade a été sédentarisé, immobilisé même par des dogmes et des traditions, dès le IVe siècle.

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Dans les Evangiles encore, Jésus n’est pas à Nazareth, d’où est sa famille, mais en déplacement, à Bethléem, lorsqu’il naît. «On aurait pu fabriquer cette histoire autrement et faire naître Jésus à Nazareth, plus confortablement.» Car, relève Etienne Sommer, le déplacement, ne l’oublions pas, est généralement une contrainte. «Ainsi, cette naissance se passe dans un ailleurs, et non pas à l’endroit prévu. Ce qui indique que la foi n’est pas possible sans qu’il y ait, dans la pensée, un déplacement.»

Après la naissance de Jésus vient l’exil, forcé. Le massacre des enfants par Hérode, qui contraint l’enfant, Joseph et Marie à fuir vers l’Egypte. «Apparemment, ils y sont bien accueillis. Aurait-ce été aussi le cas en Suisse?» s’interroge Etienne Sommer.

«Evidemment, Noël insiste plutôt sur la notion de famille. Mais personnellement, je m’invite toujours à retrouver l’étrangeté du texte à cette occasion, à considérer ce qui est surprenant, ce qui n’est pas normal, ce qui est étranger. On a trop enfermé les textes dans des dogmes qui empêchent la pensée.»

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