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Mathieu Mégevand.
© David Wagnières

Chronique

Dans la bibliothèque de Matthieu Mégevand

L’écrivain genevois nous présente trois œuvres qui lui sont chères

«L’usage du monde» de Nicolas Bouvier

Bien sûr, plus jeune il y a eu Michel Strogoff de Jules Verne, ou L’enchanteur de René Barjavel. Mais la première œuvre qui ait vraiment compté, c’est L’usage du monde de Bouvier. Découvert pour la première fois à tout juste 18 ans alors que j’étais parti seul pour presque une année en Australie, ce livre m’a en quelque sorte ouvert au texte. C’est-à-dire qu’il m’a montré qu’il existait quelque chose que l’on nommait littérature et qui n’était ni une simple histoire racontée, ni un divertissement, et pas non plus un pensum soporifique. Une façon de dire, précise, méticuleuse, une poésie très accessible et en même temps très profonde, une longue divagation sur le monde et l’usage qu’on en a. Je n’ai jamais cessé de lire Bouvier depuis, je connais son œuvre à peu près par cœur, et pourtant chaque lecture est source d’un nouvel émerveillement.

«Le Dossier M» de Grégoire Bouillier

C’est un livre-monstre de près de 2000 pages paru en deux volumes entre septembre 2017 et janvier 2018. Depuis que ce que l’on a nommé autofiction est devenu l’un des premiers genres littéraires dans le monde francophone, on pensait que le sillon avait été creusé et la source tarie. Mais Grégoire Bouillier est venu, avec ce texte immense sur la forme comme sur le fond, sans équivalent passé (et sans doute à venir). D’une démarche solipsiste exacerbée, ce livre tour à tour acerbe, caustique, drôle, grinçant, est surtout une magistrale réflexion sur le genre humain contemporain. Après l’avoir lu, j’ai pu comprendre ce qu’ont ressenti ceux qui avaient découvert à leur parution des chefs-d’œuvre comme la Recherche de Proust ou le Voyage de Céline: un sentiment de bouleversement complet, et la sensation que plus rien, après une telle lecture, ne serait pareil.

«Rue des gares et autres lieux rêvés» de Claude Tabarini

Il est pour moi l’un des plus grands auteurs suisses romands actuels. Porté par les magnifiques Editions Héros-Limite, Claude Tabarini, légende de l’AMR et de l’Ilot 13, homme aussi discret qu’érudit, a écrit cette suite de courts textes comme autant de déambulations poétiques dans Genève et ses environs. On y croise des têtes et des lieux connus, des auteurs du cru, on se sent dans ce livre un peu comme chez soi. Homme du quotidien, des petits riens et des petites gens, de la rue des Garages, des bords de la Seymaz ou du stade des Charmilles, Tabarini parvient à mettre de la poésie dans un ballon de rouge ou – c’est une gageure – dans la Banque cantonale de Genève. Il nous rappelle avec Cingria que: «Si l’on ne trouve pas surnaturel l’ordinaire, à quoi bon poursuivre?»


Profil

Matthieu Mégevand est né à Genève en 1983. Diplômé en philosophie et en histoire des religions, il est l’auteur de nouvelles et de romans. Paru en 2016 à L’Age d’Homme, son dernier ouvrage, Les lueurs, retrace l’épreuve de la maladie qu’il a traversée il y a quelques années. Matthieu Mégevand dirige également les Editions Labor et Fides.

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