Livres

Dans la bibliothèque de Metin Arditi

Chaque semaine de l’été, un écrivain choisit trois livres dans sa bilbiothèque

Guy de Maupassant, «Contes»

Les contes de Maupassant ont été l’éblouissement de mon adolescence. J’éprouvais une réelle adulation pour lui, de l’ordre du sentiment amoureux. Il avait tout pour séduire un jeune lecteur. Tout d’abord le style mais aussi cette extraordinaire capacité à faire naître des images. Pour preuve, le nombre de films adaptés de ses contes ou de ses romans. Il y a aussi la grande humanité de Maupassant, il ne juge pas. Il est tendre avec les faibles, comme Boule de suif ou Rosa dans La maison Tellier. Mais il est tellement cruel avec les gros bourgeois bouffis! Il ne s’en laisse pas compter, jamais naïf avec les crapules ni avec ceux qui abusent de leur pouvoir. Quand on lit Maupassant à 15 ans, on a envie de devenir écrivain.

Jean de La Fontaine, «Fables»

La Fontaine est venu tard dans ma vie. A l’époque, j’étais encore homme d’affaires. C’est grâce à lui que j’ai commencé à écrire. Les affaires marchaient bien, trop bien même. J’avais très peur d’être gagné par la vanité. Je voyais autour de moi des exemples qui m’effrayaient. Pour quelles raisons aurais-je mieux résisté que d’autres à la tentation de se croire plus intelligent? Je lisais La Fontaine plusieurs fois par jour. Avant de prendre une décision importante, je lisais une fable au hasard. «Et tout cet orgueil périt sous l’ongle du vautour…», comme il est dit dans Les deux coqs. J’étais imbibé des fables de La Fontaine quand j’ai rencontré l’historien Michel Jeanneret en 1995. Il m’a demandé de participer au colloque organisé à Genève pour le tricentenaire du fabuliste. J’ai pris la parole pour raconter mon expérience de lecteur. Plus tard, j’en ai fait un livre. Et je n’ai plus cessé d’écrire depuis.

Charles Péguy, «L’argent»

Charles Péguy est l’ami que l’on aurait aimé avoir. Il se moquait royalement de la stylistique mais pas du cœur, ni de la générosité, ni de la pensée. Pour lui, être croyant et être païen sont deux choses qui vont ensemble. Païen, comme il le rappelle, vient du latin paganos, «paysan». Charles Péguy est proche des réalités. En parlant des ouvriers de son temps, il écrit: «Pour embêter les curés, ils disaient en riant: travailler, c’est prier. Ils ne croyaient pas si bien dire.» Toute ma vie tient dans cette phrase. Je me retrouve complètement dans la confusion volontaire de Péguy. Je ne suis pas pratiquant mais je suis dans des questionnements anciens. Ma façon d’y répondre, c’est le travail. L’écriture, le mot permettent de comprendre l’autre.


Metin Arditi est l’auteur de romans, d’essais et de récits comme Mon père sur mes épaules (Grasset, 2017), dernier titre paru. Il publie à la rentrée Carnaval noir.

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