Effets spéciaux et comédiens volants séduisent le public, parents et enfants

Commençons par la fin, pour une fois. Par cette séquence qui émeut aux larmes. Philippe, le héros, doit ranimer la petite fée qui a perdu sa flamme. Il lit dans son carnet de bord qu’il faut pour cela dire très fort: «Je crois aux fées» et frapper dans ses mains. Instantanément, avant même que le comédien ne lance la dynamique, les enfants du public s’exécutent. Et c’est dans une salve d’applaudissements que, vendredi dernier au Théâtre du Reflet, à Vevey, la jolie créature a repris vie et s’est remise à voltiger.

Comment mieux dire que La Bibliothèque a réussi son pari? Embarquer les spectateurs dans son sillage magique et leur prouver que la vie sans l’imaginaire n’est que paysages arides et terres austères. Oui, les enfants, comme leurs parents, ont répondu avec ferveur à la proposition de la Compagnie EnVol, une troupe romande qui mêle effets visuels et vols aériens pour dire la nécessité de rêver.

Aux commandes de cet univers, deux artistes veveysans. D’un côté, Nicolas Imhof, créateur d’images 3D, qui a travaillé aux Etats-Unis sur des films comme Harry Potter. Il fait surgir sur les murs du plateau des flots déchaînés, des forêts vierges, des livres volants et un requin grimaçant. De l’autre, Jean-Claude Blaser, ex-machiniste devenu créateur de machines de vol qui fait décoller les comédiens. Pas n’importe comment, évidemment. Dans le rôle de Philippe, Karim Bourara a répété durant huit mois pour développer la dextérité nécessaire à sa conquête des airs. Tandis que Fiona Hirzel puise dans son talent d’acrobate pour réaliser les figures ailées de sa fée. Mais rien ne serait possible sans les muscles des deux machinistes qui servent de contrepoids à ces oiseaux de plateau.

Pourquoi tant d’efforts et d’effets? Pour raconter une rébellion. Celle d’une bibliothèque dont l’avenir est menacé par la construction d’un hypermarché. Jules, le bibliothécaire (Jean-Marc Morel), est déjà atterré, mais il l’est encore plus lorsqu’il apprend que l’agent immobilier n’est autre que Philippe, l’ex-petit garçon avec qui il inventait autrefois des mondes épiques grâce aux «Livres dont vous êtes le héros».

Tout l’enjeu du récit signé Estelle Crottaz Imhof consiste à ressusciter chez Philippe son âme d’enfant. Bien sûr, l’homme pressé affirme d’abord qu’«il faut oublier les histoires à dormir debout». Mais face au cyclone qui menace de l’engloutir ou à la pluie de livres qui s’abat sur son crâne, il consent à enfiler son costume d’aventurier. Et vogue le navire épique…

On l’a compris, le scénario est très soft. Parfait pour les plus petits. Et parfait pour les effets numériques ou mécaniques qui peuplent le récit. Les enfants adorent. On mesure leur engouement à l’enthousiasme qu’ils mettent à réanimer la jolie fée. Un grand moment.

La Bibliothèque, les 2 et 3 mai, Théâtre du Jorat, Mézières, 021 903 07 55, www.theatredujorat.ch

 

 

 

 

Créateur d’images 3D, Nicolas Imhof fait surgir une mer agitée, une forêt vierge et un dragon grimaçant