La crise sanitaire perdure à l’échelle du globe, nous plongeant de fait dans un scénario familier des fictions apocalyptiques. Comme pour conjurer le mal, célébrons chaque semaine de l’été la catastrophe, genre prisé du cinéma et de la littérature.

Episodes précédents:

Les romans ou les films de genre sont vraiment comme des recettes de cuisine: il y a les ingrédients indispensables – les poncifs, si l’on veut – et ensuite la manière de les doser. Une comédie sentimentale aura forcément les étapes de la rencontre (fortuite), de l’attraction, de la répulsion, de l’éloignement, puis des retrouvailles et de l’embrasement buccal.

Un film de tueur (slasher) posera sa première attaque dans l’ombre, peut-être une deuxième, puis le psychopathe et ses adversaires, la phase de zigouillages intensifs, et le combat. La catastrophe, elle aussi, a ses codes, précis, rigoureux. C’est ainsi qu’on l’apprécie. Quelques pistes pour bien composer son histoire de désastre.

Poser ses protagonistes. Un club homogène ou un panel mondial? Les deux possibilités existent. Comme dans les films de Roland Emmerich, Le Jour d’après et 2012, on peut se doter de plusieurs héros répartis sur la planète – même si l’un dominera le récit. Ou l’on peut préférer le groupe d’anonymes contraints de faire face ensemble dans un lieu précis, formule largement utilisée dans les grandes heures des années 1970 (L’Aventure du Poséidon). A l’image de l’héroïne de Twister, l’histoire peut avoir un accent sur un personnage pour lequel les événements ont un sens particulier, souvent lié à l’enfance.

Choisir sa catastrophe. Naturelle, ou soi-disant (volcan, tremblement de terre, tsunami, avalanche)? Technologique (dans les transports publics, électronique, biologique d’une origine humaine, nucléaire)? Ou animale? Le catalogue des menaces est large. On peut croiser le naturel et la cause humaine: le drame peut être réellement dû à un dérèglement (les fourmis qui prennent le pouvoir dans Phase IV, le noyau terrestre qui défaille dans Fusion) ou celui-ci peut être dû aux travaux des hommes, comme les créatures libérées par des essais atomiques (Le Monstre des temps perdus, les Godzilla).

A propos de monstres du Japon: Namazu et Godzilla font trembler le Japon

Définir l’attitude des autorités. Le gouvernement – au sens large, ce peut être le dirigeant de la ville – sera-t-il à l’écoute des experts, ou non? Les deux pistes offrent des possibilités. En général, quand la fiction est de type macro, à l’échelle d’un pays ou de la planète, les gouvernants sont plus enclins à se montrer sages. Quand le registre est local, le maire ou le gouverneur écoutent surtout les électeurs et les acteurs économiques, comme les responsables des divers Dents de la mer. On peut aussi créer une division au sein des scientifiques, avec l’un d’eux exclu par la communauté, ce que fit l’œuvre fondatrice du genre, La Submersion du Japon.

Retrouvez notre série d’articles sur les films de requins

Situer le curseur. Après quelques signes avant-coureurs, quand déchaîne-t-on les éléments pour le grand spectacle? Dans les films, en général, la catastrophe a lieu à peu près au milieu. On peut se montrer original: dans Le Syndrome chinois, les graves conséquences de l’accident dans une centrale nucléaire apparaissent fort tard; dans le récent The Wave, le raz-de-marée ravage un fjord norvégien avant même une heure, le film insistant sur les suites du déferlement.

Trancher concernant l’issue. Les fins d’histoires de catastrophes varient beaucoup, du plus optimiste au plus sombre. Comme dans les films d’horreur, le compteur des morts à l’écran donne une indication. Le final se révèle sans aucun espoir dans l’étonnant L’Horrible Invasion, où les araignées triomphent. Parfois, l’histoire impose sa cruauté: avec Titanic, James Cameron aurait certes pu opter pour un happy end total, mais cela aurait paru ridicule eu égard au drame évoqué. De toute manière, dans ce genre, la fin n’est pas le moment le plus attendu…