Vous pensez que la rentrée littéraire a lieu en automne, quand les feuilles mortes et les prix pleuvent? Détrompez-vous. En France, pays saisonnier par excellence et pays de la rentrée littéraire, dans les maisons d’édition et dans les librairies, l’effervescence est à son comble. En avril, déjà, tout le monde commence à tourner les yeux vers la rentrée, explique une attachée de presse. Pour les professionnels, la rentrée d’automne commence au printemps: une vraie ruche! Il faut que tout soit prêt avant juillet, quand auteurs, éditeurs, libraires, critiques et représentants sont censés partir comme un seul homme en vacances, leurs valises pleines de bouquins. Ils ne reviendront que vers le 20 août, pour scruter les effets sur le public de leurs travaux de printemps, pousser tel ou tel livre sur les scènes médiatiques et le faire mousser dans les coulisses des prix littéraires.

Chez les éditeurs, voilà un moment que les programmes de fin août, septembre et octobre sont bouclés et, pour la plupart, expédiés aux rédactions ou aux libraires. Quelques rares maisons manquent encore à l’appel. Gallimard, qui publie une salve de trois premiers romans dès le 22 août (la maison a gagné le Goncourt l’an passé avec L’Art français de la guerre , un premier roman signé Alexis Jenni) en compagnie de vieux briscards comme Tahar Ben Jelloun ou Philippe Djian, ferme ses dernières enveloppes et se prépare à expédier ses jeux d’épreuves, avant d’envoyer, plus tard, les versions définitives. Vivement que tous, critiques et libraires, soient équipés de tablettes électroniques pensent, en ce moment, ceux qui, chez les éditeurs, sont chargés de l’expédition des colis!

Les représentants, sur pied de guerre, et souvent les éditeurs eux-mêmes, y compris les Suisses diffusés en France, entament des tournées de ville en ville, parfois accompagnés d’un des auteurs de rentrée, à la rencontre de groupes de libraires. Il faut les convaincre de remplir leur carnet de commandes, de lire ou au moins de parcourir leurs livres pendant l’été pour pouvoir les placer judicieusement sur des rayons en vue, dès fin août, et les conseiller aux clients.

Dans les rédactions, les librairies, les jeux d’épreuves arrivent depuis quelques semaines. D’abord ceux dont les auteurs étrangers passent par Paris et que la presse peut rencontrer déjà, afin d’engranger des interviews pour l’automne. L’écrivain et journaliste indien Tarun Tejpal, auteur de Loin de Chandigarh , est passé la semaine passée à Paris pour défendre son nouveau roman, La ­Vallée des masques . A. B. Yehoshua est attendu, lui aussi, pour parler de Rétrospective (Grasset/Calmann-Lévy).

Effets d’annonce: la Prix Nobel Toni Morrisson, dont Bourgois va publier Home , roman qui vient de paraître aux Etats-Unis, est annoncée en France en septembre. Pour lire Salman Rushdie, qui racontera dans Joseph Anton, Mémoires chez Plon, ses années de traque après la fatwa lancée contre lui, il faudra patienter jusqu’à fin septembre. Et attendre octobre pour le dernier Philip Roth. On guette aussi chez Tristram, l’autobiographie de Mark Twain, un livre dont Barak Obama lui-même aurait dit: «Depuis que je le lis, je comprends mieux l’Amérique.» Grasset, quant à lui, a décroché une curiosité: le premier roman pour adultes de J. K. Rowlings, auteure des Harry Potter.

Dans certaines maisons, le parfum entêtant des prix littéraires flotte déjà: Actes Sud, qui publie à la rentrée Anima , roman de Wajdi Mouawad, dramaturge confirmé, se sent des ailes. La maison promet un «roman totémique, animiste et épiphanique». La blogosphère voit déjà Actes Sud sauter «à pieds joints […] jusqu’à la sélection du Prix Goncourt»!

Patrick Deville, avec Peste & Choléra , Olivier Rolin, avec Circus 2, se repointent au Seuil; et Christine Angot, chez Flammarion, avec Une Semaine de vacances . Chez Minuit, Jean Echenoz revient avec 14 , tandis qu’Eric Chevillard, animateur du site L’autofictif, publie L’Auteur et moi . Patrick Modiano, lui, réapparaîtra chez Gallimard en octobre. Des Suisses aussi: l’Alémanique Alex Capus publie Léon et Louise chez Actes Sud. L’auteure remarquée de L’Embrasure , Douna Loup, Les Lignes de la paume , son second roman, au Mercure de France; tandis que la carougeoise Zoé accueille, notamment, Catherine Safonoff avec un texte intitulé Le Mineur et le canari , Dominique de Rivaz et Marie Gaulis.

Qu’on se rassure: le prochain Amélie Nothomb paraîtra bien comme c’est l’usage chez Albin Michel. Son titre: Barbe-bleue .

Auteurs, éditeurs, libraires, critiques sont censés partir en vacances, leurs valises pleines de bouquins