Art contemporain

A la Biennale de l’image en mouvement, le «rien» sait se mettre en valeur

La BIM genevoise ne se visite pas en un jour. Nous en avons fréquenté la semaine inaugurale, et ramené quelques bonheurs, des riens, ou presque

Non, la BIM ne se fourvoie dans aucun abîme. La 15e Biennale de l’image en mouvement suit même avec pas mal de réussite la nouvelle voie tracée il y a deux ans par Andrea Bellini, directeur du Centre d’art contemporain (CAC) de Genève. Mais ce «rien» que nous évoquons en titre, nous l’avons suivi lors de la semaine inaugurale comme un fil rouge possible, ou plutôt comme une soie d’araignée, fine et résistante, dans un programme qui tient parfois du tsunami. Ce «rien» nous le proposons comme une piste pour les visiteurs de la riche exposition qui continue jusqu’au 29 janvier.

Il était une fois un rien, c’est un film du cinéaste serbe Boris Mitić. Rien y est un personnage loin de chez lui, entre la déesse de la folie d’Erasme et une silhouette à la Corto Maltese, assumé par la voix d’Iggy Pop et qui s’exprime en vers anglais. En espérant une bonne distribution prochaine de ce film hors normes, porté par des dizaines de cinéastes, connus ou inconnus, qui ont filmé à travers le monde pour le projet de Boris Mitić, on ira au CAC rêver devant sa forme installative. Celle-ci laisse aux spectateurs le soin de poser leurs propres mots sur les images muettes, à peine interrompues par quelques cartons à l’ancienne.

Le projet de Boris Mitić fait partie des 27 oeuvres produites par la BIM et qui restent visibles sous diverses formes entre le CAC et le Mamco voisin. Comme Mutumia, de Phoebe Boswell, une artiste née à Nairobi en 1982, et qui vit à Londres. Mutumia, en kikuyu, sa langue maternelle, signifie celle dont les lèvres sont scellées. En Afrique, loin des caméras, des femmes ont parfois déshabillé leur corps pour dire qu’elles ne supportaient plus le silence auquel ont les condamnait. L’artiste leur rend hommage avec une oeuvre où l’on s’émerge au milieu de femmes dessinées sur les murs. Elles sont nues, tour à tour censurées par des bandes noires sur leur sexe, leurs seins, leur bouche, tour à tour hurlant, chantant, choeur plaintif mais glorieux.

John Armleder et Stefan Eicher

On ne pourra par contre pas revoir les performances qui ont ponctué les premiers jours de la BIM. John Armleder et Stefan Eicher y ont, à leur manière, rendu aussi hommage au «rien» avec une série de petites formes performatives. Ils ont commencé par reprendre la variation pour deux pianos du Tacet (4'33'') de John Cage que John Armleder a créée avec Christian Marclay. Tacet signifiant «il se tait» en latin, les interprètes se contentent de lever et baisser le couvercle du piano entre deux mouvements. Le silence offert doit nous permettre d’être à l’écoute de notre sang qui pulse, de nous sentir vivant.

Il faut parfois se méfier du rien. C’est ce que disent les images de Jusqu’au 1021e siècle. Cette vidéo de Sylvie Boisseau et Frank Westermeyer montre un rond-point la nuit apparemment très innocent. Nous sommes dans la Meuse et là, quatre cents mètres sous terre, l’Agence nationale des déchets radioactifs étudie la faisabilité d’un stockage géologique profond. Jusqu’au 1021e siècle est une des oeuvres récentes, parmi d’autres plus historiques comme de merveilleuses images animalières de Jean Painlevé, de Belong and Observe. Cette exposition est proposée dans le cadre de la BIM par la Médiathèque du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève qui gère le Fonds André Iten, héritage du premier quart de siècle de la BIM.

Gianni Motti

Une performance a attiré quelques visiteurs hors de la BIM dans le cadre d’un autre festival, Walk on the Public Site (waopa.ch). Tout est toujours possible avec Gianni Motti qui a revendiqué des éclipses et fait campagne pour l’élection américaine de 1996. Mais une fois sur place, pas de Gianni Motti. Les spectateurs sont devenus les acteurs, prenant quelques selfies devant une plaque (Ici a eu lieu Real Time performance de Gianni Motti le 12 novembre 2016 de 16h à 17h) et buvant les bières laissées au pied d’un arbre. Une absence, un rien, un apéro partagé en plein air, la magie des choses simples. Cela prenait encore plus sens le lendemain, alors qu’à Paris, une série de plaques étaient dévoilées pour rappeler qu’il y a un an, on s’en est pris à ce genre de bonheur.


BiM, jusqu’au 29 janvier à Genève. www.centre.ch

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