Qui flâne rue des Maréchaux, à Bienne, sera sans doute intrigué par la devanture du numéro 6 – où se vendent habituellement des livres anciens. Au milieu des précieux ouvrages trônent, depuis quelques semaines, des étagères de bocaux en grès. «Ante cibum», peut-on lire sur l’un d’eux – «avant le repas». L’antiquaire serait-il devenu apothicaire? Un cartel corrige: le pharmacien céramiste s’appelle en réalité Christoph Rihs, plasticien suisse.

Avec ses contenants ouverts que chacun peut remplir de ce qu’il souhaite, onguents magiques ou réflexions philosophiques, l’œuvre figure parmi la trentaine ayant pris leur quartier ce mois-ci dans les vitrines des commerces de Bienne.

Exposer dans les boutiques plutôt qu’au musée? C’est le mot d’ordre d’Arty Show, un concept imaginé par l’artiste et designer Emeline Fichot. Avec un double objectif: sortir l’art de son cadre classique, voire élitiste, tout en animant les centre-villes. Où passants et connaisseurs sont invités à déambuler pour découvrir, à la place des mannequins, tableaux, peintures, sculptures, photos et vidéos.

Pixels et produits écologiques

Ces dernières années, Arty Show a gagné la Romandie, de Neuchâtel, Sion à La Chaux-De-Fonds. A Bienne, le festival vit sa troisième édition, plus riche que jamais avec 31 artistes locaux et internationaux, émergeants ou confirmés, sélectionnés sur concours. Autant de commerçants qu’il a fallu convaincre de céder une partie, voire l’entier, de leur surface d’exposition. «C’était un long travail de négociation, d’autant plus en cette année difficile», confirme Sandra Sahin-Flükiger, présidente d’Arty Show Bienne.

Epiceries, coiffeurs, chaîne (comme Manor) et même restaurants ont finalement accepté de se prêter au jeu. Encore fallait-il former les bonnes paires. Comme les immenses portraits du peintre et scénographe Hervé Thiot, qui habillent à merveille la devanture d’un salon de coiffure dont les miroirs reflètent d’autres visages. Ou les œuvres des étudiants de l’Ecole d’art de Bienne, venus habiller un lieu qu’ils ne connaissent que trop bien: le café de la Rotonde.

Ici le dialogue, ailleurs la confrontation. «Une vidéo de Laurent-Perret Gentil, sorte de zooms sur des images pixélisées, s’invite dans un magasin de produits écologiques, note Sandra Sahin-Flükiger. Comme un contraste entre nature et modernité.»

Artichauts en cuisine

A l’aide d’une carte (disponible à l’office du tourisme), on suit, de la rue de la Gare à la place du Jura, le parcours numéroté à la rencontre des pièces – comme les articles qu’elles remplacent, elles sont à vendre! Un accès à un nouveau public pour les jeunes artistes mais aussi pour les boutiques, que les promeneurs dépassent parfois sans les voir. Pour Sandra Sahin-Flükiger, ces hybridations sont dans l’air du temps. «Aujourd’hui, il est important pour un commerce de mélanger les propositions, celui qui vend des habits abrite aussi un petit café, cela permet de retrouver un certain dynamisme.»

Celui d’Arty Show, dont les prochaines éditions intégreront concerts et performances, est sans limites. D’ailleurs, il ne boude pas le légume qui lui a donné son nom: deux ateliers de cuisine sont proposés le mardi 26, pour apprendre à apprêter, et déguster, l’artichaut.


Arty Show, parcours dans la ville de Bienne, jusqu’au 30 octobre. Sa 23 à 14h, parcours guidé sur inscription par mail à info@artyevent.ch. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».