C'est un festival qui refuse la condition de messe musicale. Pour sa seconde édition, Ear We Are à Bienne adopte à nouveau une posture d'irréductible. Sans a priori stylistique, sans ligne déchiffrable, la manifestation opte pour des musiques confidentielles. Une certaine manière d'entendre les sons: loges bruitistes, repères expérimentaux, nid rêvé pour une scène biennoise en éveil. Ce soir, après deux jours de festivités qui ont vu défiler, entre autres douceurs, un projet mêlant cors des Alpes et interprètes pakistanais, puis la rencontre électro-décapante de Voicecrack et DJ SCUD, le tarmac de l'Espace culturel accueille quelques piliers mouvants de l'avant-garde mondiale. Largement de quoi dresser l'oreille.

Des stars qui viennent du froid

Au programme de ce samedi, deux spectacles notamment, au triomphe annoncé. Le tromboniste allemand Johannes Bauer et le tubiste suédois Per-åke Holmlander, tous deux improvisateurs chevronnés, travaillent le cuivre depuis vingt ans. Le premier a côtoyé le Cecil Taylor European Orchestra. Le second a soufflé pour Marylin Crispell. Histoire de goûts partagés, ils se jettent dans le duel le moins évident qui soit. Deux instruments ardus, mal conçus pour la virtuosité: un pas à pas dérouté.

Deux heures plus tard, Steve Lacy joue en un sens sur les mêmes vertiges. En duo également, avec son ami de 20 ans le contrebassiste Jean-Jacques Avenel, le saxophoniste soprano continue de défricher des territoires utopiques issus du jazz. Acteur sophistiqué de la scène «New Thing» américaine, puis exilé à Paris où il ne cesse d'affronter le répertoire de Thelonious Monk, Steve Lacy, âgé de 66 ans, est de ces musiciens qui ont fait l'histoire du swing et de ses dérivés moins métronomiques, qui restent cependant confinés dans un certain anonymat. Un intimiste parmi les intimistes donc, dans un festival particulièrement pointu.

Ear We Are, samedi 3 février dès 16 h. Espace Culturel de Bienne (Rennweg 26). Billets sur place.