Bienvenue au grand bal des nominés…

Cinéma Le week-end top glamour des Oscars et des Césars démarre. Derniers préparatifs

Voici venu le temps où, à Paris puis à Los Angeles, les professionnels de la profession s’auto-congratulent en s’échangeant de hideuses statuettes. C’est le week-end des Césars (ce soir dès 21h, en clair sur Canal+) et des Oscars (dimanche 22), avec leur lot de robes longues, de moments d’émotion, de tweets et de selfies, de remerciements, de vannes et d’ennui.

Par rapport aux vénérables Oscars américains (87e édition), les Césars français (40e édition) restent bien provinciaux, telle une reprise de Feydeau à la Salle du Rond-Point comparée à une première de La Flûte enchantée mise en scène par Bob Wilson au Met.

Savants et soldats

Les films en compétition traduisent cette différence d’envergure. Hollywood aligne huit titres. Si l’on fait abstraction de Whiplash (trop démonstratif et racoleur), d’Une Merveilleuse Histoire du temps (une vie de Stephen Hawking emplissant de guimauve les trous noirs), de Boyhood (douze ans de tournage, et alors?), de Selma peut-être (pas vu, mais la grande marche de Martin Luther King échappe-t-elle à la bien-pensance?), restent quatre œuvres frappantes: Imitation Game, cyberthriller des temps héroïques articulé autour de la personnalité fascinante d’Alan Turing, Birdman qui interroge les liens du théâtre, du cinéma et de la réalité, The Grand Budapest Hotel, fantaisie burlesque dans laquelle Wes Anderson détourne le beau Danube bleu sur l’imaginaire. Et American Sniper , le brûlot de Clint Eastwood qui secoue l’Amérique en l’interrogeant sur sa violence.

La France n’a qu’une paire à opposer à ce carré royal: Sils Maria , la méditation aigre-douce d’Olivier Assayas sur le temps qui passe, au théâtre comme dans la vie, et Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, vibrante parabole sur l’islamisation du Mali – ce film magnifique n’a de français que le financement.

Eastern Boys et Hippocrate n’ont pas été distribués en Suisse. Saint Laurent se pare orgueilleusement des plumes du cinéma d’auteur et du patrimoine national.

Paysans et couturier

Quant à La Famille Bélier, comédie démagogique calibrée pour le prime time et la promotion des chansons de Sardou, six millions d’entrées, il a tout de l’alibi. Naguère, Dany Boon dénonçait l’élitisme de l’Académie des Césars boudant le genre. C’est réparé. Pas au point de nominer Supercondriaque, d’une nullité rédhibitoire. Ni Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, le plus gros carton de l’année.

Steve Carell (Foxcatcher), Bradley Cooper (American Sniper), Benedict Cumberbatch (Imitation Game) et Michael Keaton (Birdman): tous les comédiens américans méritent leur Oscar. Le moins intéressant, Eddie Redmayne, a toutefois ses chances car il incarne un infirme dans Une Merveilleuse Histoire du temps.

Quant aux filles, Marion Cotillard excelle dans Deux jours, une nuit et Rosamund Pike dans Gone Girl. Par principe, la statuette devrait toutefois revenir à la sublime Julianne Moore (Still Alice).

A Paris, la Cotillard concourt pour le même rôle qu’à L.A. Juliette Binoche est épatante (Sils Maria), Sandrine Kiberlain égale à elle-même (Elle l’adore), Karin Viard médiocre pour la première fois (La Famille Bélier). Et Catherine Deneuve (Dans la cour) a passé l’âge des récompenses. Il faut donc césariser la jeunesse et l’ardeur d’Adèle Haenel qui irradie Les Combattants.

Quant aux garçons, rien aux énervants Romain Duris et Guillaume Canet. Rien pour François Damiens à cause de sa barbe à poux de Bélier . Rien pour Pierre Niney et Gaspard Ulliel qui se court-circuitent en ayant tous deux interprété l’incontournable Yves Saint Laurent. Par élimination, le César du meilleur acteur français revient donc à Niels Arestrup, 66 ans, mais génial dans le rôle du général Von Choltitz (Diplomatie).