Cinéma

«Bienvenue à Marwen»: convalescence dans un village de poupées

Robert Zemeckis retrace la vie et l’œuvre d’un homme traumatisé qui se réfugie dans un monde miniature

Drôle de phénomène, ce Robert Zemeckis. Grandi dans l’ombre de Spielberg, il a incontestablement marqué les trente dernières années avec d’immenses succès comme Retour vers le futur, qui popularise le concept de paradoxe temporel, Qui veut la peau de Roger Rabbit?, une comédie métaphysique mêlant personnages réels et faune cartoonesque, ou Forrest Gump, qui réécrit l’histoire de l’Amérique contemporaine sur les pas d’un génial idiot. Son inspiration hétéroclite le mène avec des bonheurs divers vers des histoires de fantômes (Apparences), une excellente robinsonnade (Seul au monde), un récit de science-fiction hard (Contact) ou le portrait psychologique poignant d’une pilote alcoolique (Flight).

Mais, pionnier en matière d’effets spéciaux numériques, Zemeckis, dans une sorte de délire prométhéen, réalise quelques kitscheries abominables comme Le Pôle Express, La légende de Beowulf ou Le drôle de Noël de Scrooge, qui passent les acteurs à la moulinette numérique pour les transformer en ectoplasmes lisses comme des savonnettes. Il applique partiellement ce douteux savoir-faire à Bienvenue à Marwen, une bizarrerie hétéroclite inspirée par un fait divers.

Pépées dynamiques

En avril 2000, Mark Hogancamp est violemment agressé par cinq hommes devant un bar. Après neuf jours de coma et quarante jours de rééducation, il se retrouve amnésique. Il soigne son traumatisme en créant à l’échelle 1/6 Marwen, un village belge pendant la Deuxième Guerre dans lequel des poupées tiennent son rôle, celui de ses amis et de ses agresseurs. Cette fascinante immersion thérapeutique a inspiré un documentaire, Marwencol (2010), de Jeff Malmberg.

La fiction avait-elle besoin de mettre ses gros sabots dans le jardin lilliputien? Certes non. Le Mark de plastique et son escouade de pépées dynamiques luttent contre une poignée de nazis au fil interminable de scènes puériles ressemblant à une empoignade entre figurines GI Joe et Barbie dans la chambre des enfants. C’est esthétiquement fort laid et tout à fait inintéressant – surtout lorsque les choses s’emballent et que le cinéaste se croit malin de faire intervenir une De Lorean spatio-temporelle en Lego...

Quand il redresse sa caméra à hauteur humaine, Robert Zemeckis relance l’empathie. Mark, interprété par l’excellent Steve Carell, est un personnage complexe, un enfant sexué perdu dans un monde hostile dont il ne comprend plus les règles. Ses difficultés relationnelles, sa fragilité, son inadéquation à la réalité, son lent cheminement vers la paix intérieure sont autrement émouvants que les bagarres imaginaires pour personnages de polymères dûment pixellisés.


Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen), de Robert Zemeckis (Etats-Unis, 2019), avec Steve Carell, Leslie Mann, Eiza Gonzalez, 1h56.

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