C’est quoi ce film? Un documentaire pris sur le vif, une satire politique? Les béotiens seront peut-être perdus, mais quiconque a déjà vu un jour un mockumentary - ces faux documentaires dont Prends l’oseille et tire-toi, C’est arrivé près de chez vous ou Borat ont acquis une certaine notoriété – sera sans doute plus réticent. Pour son troisième long-métrage, après le drame Fragile et la comédie Opération Casablanca, le Genevois Laurent Nègre a choisi ce format pour mieux faire passer un sujet délicat: la politique d’asile suisse, à travers l’exemple de l’accueil d’un ex détenu de Guantanamo. Au risque d’une certaine confusion.

Mockumentary

L’idée est de faire croire que deux étudiants en cinéma autorisés à réaliser un portrait de la Cheffe de cabinet au Département de la sécurité et de l’économie du Canton de Genève (ouf!) sont plongés en plein dan cette situation de crise. Ils suivent donc au pas de course cette Caroline Gautier, d’abord chargée d’accueillir l’hôte encombrant puis baladée de Cointrin à l’aéroport de Berne-Belp et retour, subissant toutes sortes de pressions. C’est que l’homme est un Tatar qui gêne autant les Chinois et certains Suisses que les Américains…


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Le concept est amusant, ses prolongements satiriques surprenants. Quel dommage dès lors que ni l’un ni l’autre ne soient réalisés de manière optimale! Certes, le genre est délicat, tiraillé entre quête de crédibilité «amateure» et caricature bien sentie. Sans compter qu’à ce flottement constitutif s’ajoute un déficit esthétique parfois pénible. A certaines ficelles un peu grosses (improvisation de dernière minute, chantage à partir d’une affaire de moeurs), on préfère dans Confusion les piques bien senties sur la déresponsabilisation générale, le discours lénifiant des ONG ou les intérêts bien cachés de la droite populiste. Sans oublier un final osé, qui a le mérite de remettre l’église au milieu du village.

Il faut créditer Laurent Nègre d’un désir rare de faire du cinéma politique dans ce pays. On lui souhaite donc de trouver un jour la forme vraiment adéquate et les fonds suffisants à ses ambitions. En attendant, même inégale, sa nouvelle tentative vaut déjà le coup d’oeil. Et pose une vraie question: que nous cache-t-on au sujet de Guantanamo, depuis quelques accueils contestés en 2010?

Confusion, de Laurent Nègre (Suisse 2015) avec Caroline Gasser, Simon Romang, Yacine Nemra, Dario Galizia, Christian Waldmann, Jack Pogany, Ruedi Imbach. 1h11