L’avenir de Mae (Emma Watson) est plutôt morose: une activité alimentaire dans une compagnie d’assurances, un père handicapé, un aspirant fiancé rustique. Le jour où sa copine Bonnie lui dégotte un job chez The Circle, le plus puissant des géants de la tech, la jeune perdante voit la lumière.

Elle débarque au moment où le CEO, Bailey (Tom Hanks, excellent), un tiers GO, un tiers guru, un tiers requin, lance See Change. Ce programme s’organise autour d’une caméra de la taille d’un globe oculaire qui se fixe sur n’importe quel support et transmet par satellite les images qu’elle capte. La compagnie a pour mots d’ordre des sentences telles «La transparence est une vertu» ou «Les secrets sont des mensonges». On implante des puces aux gosses pour rassurer les parents, car «savoir, c’est bien, mais tout savoir, c’est mieux»…

Mae trace son chemin dans cette société paternaliste (les débutants y sont qualifiés de «guppys») au sein de laquelle le fun n’a aucun caractère facultatif. Parce qu’elle doit la vie à une caméra connectée, elle devient la plus ardente zélatrice de The Circle, la propagandiste d’une totale ubérisation de la démocratie, la championne d’un programme de recherche des criminels, fantasme suprême de délation globalisée… Elle porte sur son cœur une caméra qui transmet à ses millions de followers le détail de ses journées (trois minutes de suspension du programme pendant les pauses pipi…)

Faire du kayak

La pasionaria va déchanter lorsque le tabou de la nudité de ses parents est enfreint et leurs ébats propagés malgré elle sur le net, lorsque son fiancé potentiel fait l’objet de bashing parce qu’il fabrique des lustres en bois de cerfs – une abomination esthétique certes, mais l’ébéniste n’a pas le sang de Bambi sur les mains.

En ces temps où Big Brother a troqué sa moustache stalinienne contre un sourire californien, The Circle fait acte de salubrité en dénonçant les dérives totalitaires des GAFA. Mais il s’appuie sur un scénario trop schématique. De même, l’évolution psychologique du personnage d’Emma s’avère excessivement simpliste. Enfin, s’il convient d’épingler les apprentis maîtres du monde de la Silicon Valley, il existe des alternatives sans doute moins réactionnaires que celles suggérées par le film, toutes d’inspiration rurale et passéiste: épouser un bûcheron, se retirer dans les Highlands écossais, vivre dans la petite maison de ses parents ou faire du kayak…


«The Circle», de James Ponsoldt (Emirats arabes, Etats-Unis, 2017), avec Emma Watson, Ton Hanks, John Boyega, 1h50