BIG mais courte, la fête des indépendants

Biennale A Genève, 35 containers se dressent sur la plaine de Plainpalais, telles les pierres de Stonehenge

Ils disparaîtront après un week-end qui s’annonce dense

Lundi et mardi, la plaine de Plainpalais a pris des allures de docks portuaires. Une grue agitait dans l’air des containers maritimes sous l’œil ébahi des passants. Allait-on y loger les requérants d’asile qui occupent la Maison des Arts du Grütli? Non, ces boîtes en métal bleu seraient sans doute pires que les abris militaires dénoncés. Elles hébergent la BIG, pour Biennale des espaces d’art indépendants de Genève. Et si certains containers sont dressés, c’est que tout cela est calqué sur le plan de Stonehenge, le mythique site anglais. Leopold Banchini, architecte du Bureau A, a orchestré le ballet des containers. Pour lui, Stonehenge, ici devenu Steelhenge puisqu’il s’agit d’acier, évoque la ruine et correspond à la fragilité des espaces culturels indépendants. Les organisateurs aiment aussi y voir l’image d’une pérennité, puisque le site remonte au mégalithique.

La BIG succède à la MAC. Voyez là un détournement amusé plutôt qu’une quelconque allégeance à une chaîne de fast-food. Ici, on défend son indépendance, hors institution et surtout hors marché. La MAC, c’est la Manifestation d’art contemporain, qui, par trois fois entre 2006 et 2011, a souligné la diversité des acteurs culturels dans ce domaine, des musées aux galeries en passant, justement, par les indépendants. Qui se sont retrouvés marris quand Sami Kanaan, conseiller administratif chargé de la Culture, a mis la MAC au rancart. «Ils sont venus me voir et je les ai mis au défi d’organiser eux-mêmes une manifestation qui leur donnerait de la visibilité, que la Ville soutiendrait», explique le magistrat.

Le temps de quelques réunions qu’on nous décrit comme un peu flottantes et une équipe un peu rodée à l’organisation d’événements se met en place pour tirer le projet vers sa réalisation. «Là, tout a été très vite. Nous sommes revenus voir Sami Kanaan avec une proposition budgétée et qui a été acceptée», nous explique Carole Rigaut et Séverin Guelpa, deux des six coordinateurs que nous avons soustraits quelques instants ce mercredi au chantier de la BIG.

Le budget, c’est 215 000 francs, sans compter la disposition de la plaine, dont 20 000 francs pour le canton. «Il se répartit en trois tiers à peu près égaux pour la structure, la communication ainsi que l’accueil, et les projets des participants.»

Chacun des 43 collectifs ou associations dispose ainsi de 1500 francs. Pas de quoi produire des événements exceptionnels. Mais nous sommes dans des milieux où l’on a le sens du bénévolat et de la débrouille. Ainsi, le matin, Alexia Turlin, artiste et fondatrice de la Milkshake Company, était parmi les premiers sur les lieux. La Milkshake, c’est une arcade de l’Ilôt 13, derrière la gare de Genève, qui confie régulièrement sa vitrine à un invité. Sur ce principe, Alexia Turlin a invité un duo d’artistes canadiens, Minimart. «Les 1500 francs ont tout juste payé leurs billets, mais ils sont enthousiastes. Je les ai rencontrés dans des foires d’espaces indépendants.» Un bar musical, de la restauration, elle a tout prévu. Imaginez cet élan multiplié par le nombre de participants et vous aurez une idée de la densité de l’événement.

D’autant plus dense qu’il est éphémère. Tout cela pour un week-end seulement? «On fera le point après pour penser au mieux la prochaine édition», assurent les organisateurs. Sami Kanaan approuve, tout en soulignant que les Genevois aiment l’événementiel.

Un peu plus loin, l’équipe de CH9, qui doit son nom à son adresse, à deux pas de la plaine, au 9 de la rue Charles-Humbert, discute pour fignoler son projet Ex-croissance avec l’architecte Federico Neder. Il y sera question de la protubérance comme alternative au modèle économique basé sur la croissance. Mais le balai arrive et l’action artistico-politique commence par un nettoyage du container.

Si la MAC était restreinte aux arts visuels, la BIG élargit le propos. Il y a là le TU, ou Théâtre de l’Usine, la Cave 12 avec un programme entièrement basé sur les radiocassettes, souvent récoltées chez les puciers de la plaine, ou encore Boxing Piano, qui fait partie des quelques associations sans container attitré. Et pour cause. Il en faudrait plus d’un pour les 30 pianos réunis vendredi. L’ouverture de la BIG sera fêtée par une performance musicale inventée par quatre compositeurs. Juste après les discours, à 19h.

BIG, plaine de Plainpalais, Genève, du 26 au 28 juin. www.bigbiennale.ch

Boxing Piano n’a pas de container attitré. Il en faudrait plus d’un pour les 30 pianos réunis