Plus de cinq ans après l'éclatement de Mano Negra, les héritiers de la bouillonnante formation française se portent mieux que jamais. C'est du moins l'impression que donnent leurs discographies respectives. Après Manu Chao, qui – en bon leader – a montré la voie, s'assurant un véritable triomphe avec Clandestino, puis Santi – le batteur de la troupe – actuellement occupé à défendre les couleurs du groupe Marousse, c'est aujourd'hui au tour de Tom Darnal (claviers), David Jamet (guitare) et Philippe Teboul (batterie/percussions) de tenter une nouvelle aventure musicale au sein du collectif P18.

Formé il y a trois ans autour d'une formule alliant sonorités électroniques, rock urbain et colorations latino, le groupe ne fait pas forcément l'unanimité sur disque, mais dispose de tous les atouts nécessaires à un bon groupe de scène. Alignant un trombone, un trompettiste, un percussionniste et trois choristes-danseuses en plus de la formation de base (batterie, basse, guitare, claviers), P18 s'est taillé en quelques mois une solide réputation de «performer». Rencontre avec Thomas Darnal, à quelques heures du coup d'envoi de Paléo où P18 se produit deux fois cette année.

Le Temps: A l'écoute de votre album, Urban Cuban, on a parfois l'impression que vous n'avez pas encore vraiment trouvé votre style…

Tom Darnal: Sur cet album, j'avais envie d'explorer des domaines très variés qui allaient des chansons écrites par mon père (Jean-Claude Darnal a connu un succès certain avant d'être balayé par la vague yé-yé, ndlr) aux hymnes zapatistes. Et je me suis laissé aller à mes envies… Mais depuis que l'on se produit sur scène, je perçois mieux ce qui convient à P18 et ce qui ne marche pas. Pour le prochain album, on va centrer le propos sur des rythmes drum & bass et de la house, en accélérant le tempo.

– P18, c'est pour…

– Paris XVIIIe: ce quartier est sans doute le plus cosmopolite et le plus bigarré de la capitale, ce qui correspond très bien à notre musique. Et puis c'est là que je vis. Mais P18, c'est aussi une référence à des mouvements révolutionnaires qui nous ont marqués, comme le M19 cubain ou le J26 zapatiste.

– D'où vient votre attachement pour Cuba et sa musique?

– C'est d'abord une histoire d'amitié. J'ai rencontré Barbaro (Teuntor Garcia, trompettiste du groupe, ndlr) et toute sa famille en 1992 lors de la tournée Cargo avec le Royal Deluxe. Depuis, nous nous sommes revus chaque année. L'idée d'enregistrer ensemble s'est imposée petit à petit, d'abord de façon très confuse, sans réel projet. Et finalement on s'est retrouvé avec assez de matériel pour réaliser Urban Cuban. Cuba a un charme particulier. Il y a là-bas un état d'esprit, une ambiance, un humour qui sont très attachants. Enfin, personnellement, j'ai toujours été fan de percussions. J'aime beaucoup la musique des Caraïbes et tout ce qui est afro-latino.

– Comment percevez-vous la résurrection de vétérans de la scène cubaine, tels les Afro Cuban All Stars?

– Très bien. Je suis ravi de pouvoir écouter aujourd'hui sur disque des artistes comme Rubén González, Ibrahim Ferrer ou Compay Segundo. En les produisant, Ry Cooder a permis de sauver un patrimoine qui, sans cela, aurait été perdu faute de moyens.

– A l'époque de Mano Negra, aviez-vous conscience de l'ampleur du phénomène que ce groupe allait déclencher?

– En fait, Mano Negra a profité d'une mouvance underground qui existait déjà et qui a explosé au moment précis où nous sommes arrivés sur le devant de la scène. A l'époque nous avions bien sûr conscience du fait que les choses commençaient à bouger, mais on était tellement pris dans l'œil du cyclone que l'on n'avait pas vraiment le temps de se poser beaucoup de questions.

– Vous connaissez bien le Paléo pour y avoir joué à plusieurs reprises avec Mano Negra. L'idée de revenir dans ce festival vous plaît-elle?

– On a gardé un très bon souvenir de nos passages à Paléo. Je me souviens que par moments, il y avait tellement de poussière qu'on ne se voyait plus jouer. On est ressorti de là couverts de terre, mais c'est le genre de moments dont tu te rappelles longtemps, même si, sur ce coup-là, la Suisse ne nous avait pas vraiment paru à la hauteur de sa réputation: celle d'un pays où tout est propre!

P18 en concert ce soir au Paléo dès 22 h 30, sous le Dôme.