New York, dimanche soir 5octobre, chez Yvon Lambert, sur la 21e rue au cœur de Chelsea, le quartier des principales galeries d'art contemporain. Je m'y rends puisque j'avais promis d'y tenir le marteau lors d'une vente aux enchères au bénéfice du Hudson Valley Center for Contemporary Art (HVCCA), jeune institution qui, en six ans d'existence, s'est déjà constitué une solide réputation.

Marc Straus et son épouse collectionnent avec passion et discernement depuis quarante-quatre ans sans jamais dépenser plus de quelques milliers de dollars pour l'achat d'une œuvre. Leurs choix, largement validés par la suite par le marché, se sont avérés judicieux. Selon la bonne tradition américaine qui veut qu'en cas de réussite, on restitue à la société sous forme de mécénat, ils ont créé le HVCCA.

Au vu de l'avalanche de nouvelles économiques catastrophiques, je m'attends à un dimanche soir new-yorkais quelque peu difficile. Or quelle n'est pas ma surprise de trouver salle comble! Collectionneurs, marchands, conservateurs de musée, tous de nationalité américaine, ont afflué. Sont-ils venus, poussés par une curiosité morbide, afin de voir le marché s'effondrer?

La vente débute par une œuvre du jeune artiste Michael Brown qui vient de terminer une école de beaux-arts et que représente la galerie Yvon Lambert. L'estimation de 10000dollars est rapidement doublée puis presque triplée. S'agit-il de l'enthousiasme du premier lot? Mais non, les autres lots suivent avec le même entrain, de sorte que les prix grimpent jusqu'à atteindre des records, comme par exemple pour l'artiste israélienne à la technique époustouflante, Yigal Ozeri.

D'autres nouvelles catastrophiques sont attendues pour les jours prochains. Le marché de l'art est-il immunisé par rapport à ce qui se passe autour de lui? Une petite vente telle que celle-ci ne permet évidemment pas d'en tirer des conclusions. Les vrais tests auront lieu lors des grandes ventes de Londres en octobre et de New York en novembre. De même que, pour un sportif, chaque match représente un nouveau défi, tout commissaire-priseur qui monte sur le podium marteau en main, se remet chaque fois en question, quel que soit le contexte. Rien n'est jamais joué d'avance.