Billetel, le réseau romand de billetterie de spectacles lancé en 1990, fait toujours figure d'exception dans le paysage culturel romand, si frileux dans ses alliances trans-cantonales. Lancé par la Ville de Lausanne et ayant convaincu dès le départ les communes de Morges, Yverdon, Prilly et Monthey de se lancer dans ce système de billetterie informatique, Billetel est maintenant présent dans les cantons de Genève et de Neuchâtel. Des pourparlers sont en cours avec Bienne et Fribourg. Après dix ans d'existence, l'association, devenue entre-temps coopérative, cherche à se construire une image plus visible et surtout à rattraper son retard en termes de mode de paiement et de présence sur Internet.

Billetel vient de lancer une ligne de réservation par téléphone (tél. 0901 553 901, à

1,50 franc): le call center, financé par la Ville de Genève, accepte les règlements par carte de crédit et envoie les billets à domicile. Ce qui met enfin Billetel à niveau avec son concurrent privé Ticket Corner de UBS. Le système téléphonique s'ajoute aux 29 points de vente existant dans les théâtres, les grands magasins, les offices de tourisme et autres structures membres du réseau. Pour mémoire: ces points de vente, reliés entre eux, deviennent des agences de location pour tous les spectacles des institutions membres. L'amateur d'opéra de Monthey peut donc réserver au Crochetan des places pour le Grand Théâtre de Genève et l'Opéra de Lausanne. Et inversement.

Sur le plan suisse, Billetel fait figure de pionnier dans le domaine, la Suisse alémanique ne connaissant pas de système intégré similaire. Reste à voir comment cette alliance romande, qui met en avant un esprit de service public, dénué de recherche lucrative et basé sur une solidarité entre théâtres, va passer à la vitesse supérieure: extension romande plus large encore, extension alémanique, internationale et électronique?

Jusqu'à présent, le marché des billets est réparti entre Billetel et Ticket Corner: le premier se réserve les institutions culturelles de taille importante susceptible de drainer un public transcantonal (les coûts de Billetel ne sont pas intéressants pour les petites structures à rayonnement local); le second œuvre pour les gros concerts de variétés, de rock, etc.

L'arrivée de la Fnac à Genève a évidemment suscité plusieurs tentatives de rapprochement. Entre Billetel et le distributeur français, les discussions ont été quelque peu tendues, chacun voulant entraîner l'autre dans son propre réseau. «Nos systèmes ne sont pas compatibles pour le moment. La billetterie Fnac fonctionne sur le système des quotas: les salles leur octroient un certain nombre de billets à vendre. Billetel est une mise en réseau totale de chaque salle et les réservations se font, dans chaque point de vente, en temps réel. Nous leur avons proposé de devenir un point de vente Billetel, ils ont refusé», explique la juriste Nathalie Fluri, présidente de Billetel. «Nous avons proposé à Billetel d'entrer dans Fnac France et de bénéficier ainsi de notre site Internet. Ils ont refusé. Mais nous restons ouverts au dialogue», explique Pierre Landau, responsable communication de Fnac Suisse. En attendant, Ticket Corner et la Fnac se rencontrent à Paris aujourd'hui. Billetel, pour sa part, prépare la mise sur Internet de son système de réservation en temps réel pour l'été 2002.