Trente-cinq ans après sa première et seule tournée, la chanteuse star de «Tops of the pops» des années 1980, désormais âgée de 55 ans, a fait la preuve éclatante du frisson qu’elle provoque toujours: alors qu’elle avait par précaution déjà rajouté sept dates à sa série de concerts annoncés la semaine dernière pour l’automne prochain à Londres, au Hammersmith Apollo, une salle très aimée, il n’aura pas fallu plus de quinze minutes pour que l’ensemble des billets pour les 22 dates soit vendu ce matin.

Plus fort encore, ce succès intervient sans qu’on n’ait aucun détail sur ces concerts. Kate Bush chantera-t-elle seule, en s’accompagnant, avec un orchestre, d’autres stars – nobody knows. Les plus anciens des fans se souviennent simplement que l’interprète-compositrice-productrice avait, lors de sa tournée en 1979, mêlé de façon très moderne et nouvelle danse, chanson, changements de costume et images projetées sur des écrans géants – autant de procédés scéniques très exigeants physiquement, qui avaient impressionné à l’époque, même s’ils sont devenus plus ordinaires par la suite. Elle avait ensuite confié que l’exercice l’avait épuisée.

Le retour de Kate Bush sur scène procède d’une tendance plus large qui relance les anciennes stars des années 1970 et 1980 dans les studios et sur scène. L’année dernière, Bob Dylan (72 ans), Leonard Cohen (78 ans) et Patti Smith (66 ans) ont enregistré de nouveaux albums. David Bowie (67 ans) a créé l’événement en sortant deux titres, qui lui ont permis de recevoir le Brit Award de meilleur chanteur, et la scène musicale bruit de rumeurs sur son retour sur scène cette année. Peter Gabriel (63 ans) a fait vibrer l’Arena. Les Stones sont encore en tournée… Dernier signe de cette montée en puissance du passé, le vinyle a connu sa meilleure année en Grande-Bretagne en 2013, avec 700 000 exemplaires vendus en un an: du jamais-vu. La tendance a même été dénoncée par le critique anglais Simon Reynolds dans un libelle retentissant, «Retromania»

Trop tard pour Kate Bush, en tout cas. Sauf si vous êtes prêt à mettre beaucoup d’argent. Car si les places n’étaient pas vendues trop cher, les prix oscillant entre 54 et 145 livres (80 à 215 francs) frais de location inclus – ce qui est peu pour le mythe Kate Bush –, certains les ont immédiatement remises en vente sur des sites spécialisés. Ce vendredi à 15h00, soit cinq heures après la fin officielle des ventes, on trouvait ainsi sur le site de Viagogo une nuée de billets en vente… à partir de 1300 livres (1900 francs)… De quoi faire hurler les fans qui n’ont pas pu avoir de billet. Le rush pour Bush, à mi-chemin entre nostalgie et appât du gain?