Musique

Billie Eilish: «Il faut écouter les adolescents, ils sont tellement intelligents!»

Au Zurich Open Air pour son unique date en Suisse, la chanteuse américaine et phénomène «dark pop» a emballé une foule d’adolescentes avec un charisme désarmant. Brève rencontre avant le concert

Ça commence par une déflagration. Une basse qui vrombit sans préavis et fait vibrer les milliers de poitrines agglutinées ce soir-là devant la grande scène du Zurich Open Air. Les poitrines en question rugissent encore plus fort lorsqu’une silhouette vert cornichon – ensemble assorti à ses mèches de cheveux – débarque en sautillant. Sur son large t-shirt, la mort, et sur la faucille, son nom, Billie Eilish.

L’entrée en matière est explosive et on n’en attendait pas moins d’elle, ce phénomène made in L.A. qui, du haut de ses 17 ans, emporte tout sur son passage depuis quelques mois. Billie Eilish est l’artiste montante dont tout le monde parle, en particulier ses contemporaines, des jeunes filles abonnées par millions à son compte Instagram et qui connaissent tous ses titres, mêlant électro-pop tempétueuse et mal-être adolescent, sur le bout des doigts.

Moues et zombies

Ce jeudi à 19h30 – horaire d’une tête d’affiche décidément jeune public –, la génération Z s’est déplacée en masse, vêtements estampillés Billie Eilish, smartphones prêts à être dégainés, pour son unique concert en Suisse. Et la chanteuse leur donnera de quoi «instagramer»: une heure de show où elle arpentera la scène de long en large, sourires généreux et moues charmantes, tendant le micro à ses fans ou se jetant littéralement contre la barrière où ils se pressent, tout ça pendant que des zombies et autres figures inquiétantes se tortillent sur l’écran. Les basses couvrent parfois sa voix, mais elle chante généreusement, Billie Eilish, et surtout dégage une énergie, une spontanéité et un charisme sans chichis à l’effet franchement magnétique.

Retour deux heures avant son entrée en scène, dans une petite loge en préfabriqué. On obtiendra dix minutes d’interview, pas une de plus. Accessible et chaleureuse – plus que les colliers de ferraille autour de son cou pouvaient le suggérer –, Billie Eilish se prête plutôt volontiers à l’exercice. Sucette à la main, qu’elle agite avec une certaine nonchalance, l’artiste commence par préciser que ce n’est pas sa première visite en Suisse, mais qu’elle ne se souvient plus très bien de la dernière. Du nom de la montagne qu’elle a grimpée la veille non plus, d’ailleurs. Peu importe, la vue était belle. Tout comme cet incroyable début de carrière, qu’elle croque à pleines dents.

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Le Temps: «Dark», c’est le terme qui revient le plus pour décrire votre musique, votre univers. Il vous correspond?

Billie Eilish: Je n’ai jamais voulu créer quelque chose de particulièrement sombre. Même si je peux comprendre que les gens disent ça, à cause de quelques chansons comme Bury a friend, ou de mes clips, ce n’était jamais le but, tu vois? J’ai fait Party’s over (Billie y pleure de l’encre) parce que je trouvais ça artistiquement intriguant, captivant, non pas pour que les gens se disent que c’est flippant! En fait, je me demande avant toute chose: est-ce que visuellement, cette idée correspond à ce que je veux dire?

Etre jeune, c’est vivre tout un tas de premières fois, et parce que ces expériences sont nouvelles, tu les ressens de manière beaucoup plus extrême

Billie Eilish

Justement, le message est-il de dire que l’adolescence, ce n’est pas toujours rose?

J’ai 17 ans, donc pas vraiment le recul pour affirmer que ma musique est une bonne représentation de ce que c’est que d’être ado. Ce que je sais, c’est qu’au début de ma carrière on m’a souvent dit qu’il est impossible d’écrire sur l’amour en étant si jeune, parce qu’on n’y connaît rien. Mais je pense que les gens ont oublié ce que c’est que d’avoir 14-15 ans. Je suis tombée amoureuse pour la première fois au début de l’année dernière, tu vois, c’est aussi récent que ça! Etre jeune, c’est vivre tout un tas de premières fois, et parce que ces expériences sont nouvelles, tu les ressens de manière beaucoup plus extrême, ce sont des moments particuliers de ta vie. On me dit: «Tu ne peux pas savoir ce qu’est la dépression», alors que j’en ai souffert le plus entre mes 15 et 16 ans. Il faut écouter les adolescents, ils sont tellement intelligents!

Est-ce pour cette raison que votre public a le même âge que vous? Il se retrouve dans vos expériences?

Je crois que la manière dont on sent, dont on se connecte à la musique est personnelle et ne devrait pas être définie par son créateur. Les fans ont le droit de ressentir exactement ce qu’ils veulent ressentir. Ils donnent un sens à mes chansons qui n’est parfois pas du tout ce que j’avais en tête en les écrivant. Mais je ne veux pas gâcher ça: si c’est réel pour toi, alors c’est ce qui compte.

Vous avez toujours dit vouloir rester proche d’eux, accessible, au contraire de vos propres idoles de jeunesse. Y parvenez-vous?

Cette proximité est en train de m’échapper, ce qui me brise le cœur. Avant, j’avais pour habitude de descendre de scène et de me mêler directement à la foule, pour rencontrer tout le monde, tu vois? Je me souviens que quand j’avais les cheveux blond platine, et que ça me prenait trois heures pour les teindre, je profitais de ce moment pour aller sur Instagram et liker toutes les photos sur lesquelles on m’avait taguée, ou envoyer un message à quelqu’un que je trouvais cool. J’ai fait ça pendant deux ans jusqu’au jour où je n’ai plus réussi à suivre: à chaque fois que je rafraîchissais la page, il y avait une centaine de nouveaux posts. J’essaie quand même de rester proche d’eux, comme en établissant un contact visuel avec chaque personne dans la foule de mes concerts. Ce n’est pas toujours évident (rires).

Savourez-vous tout de même la frénésie de ce début de carrière?

Ah, clairement, bro! D’autant que ça n’a jamais été aussi génial qu’en ce moment. J’y pensais l’autre jour, et je me disais que c’était étrange, parce que j’ai toujours été la même personne toute ma vie, j’ai toujours été Billie. Et maintenant, il y a Justin Bieber, Billie Joe Armstrong du groupe Green Day, Tyga ou encore Nicky Minaj qui regardent mes stories. Genre, what the hell? Ce sont tous des artistes que j’admire et qui ont changé ma manière de voir les choses. Il ne faut pas y penser trop, ni trop profondément. Je suis juste reconnaissante. Ma vie est vraiment folle.

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