Genre: opéra
Qui ? Benjamin Britten
Titre: Billy Budd
Chez qui ? (DVD ou Blu-ray Opus Arte/Musikvertrieb)

Les choix scénographiques de Michael Grandage, la précision du jeu et – ce qui est devenu plutôt rare – le respect des données du livret aboutissent à un spectacle qui rend sensible comme jamais à la cruauté terrible de cette histoire, où tout se joue dans l’enfermement d’un vaisseau de guerre. Le décor oppressant choisit de nous installer non pas sur le pont d’un bateau ouvert sur l’horizon marin, mais dans ses entrailles. On vit donc de l’intérieur cet emprisonnement dans le destin des personnages, on partage la macération de leurs passions, ces désirs non dits, cette exaspération des tensions qui se déchargent soudain dans la violence d’un coup-de-poing. Le DVD permet de revivre cette réalisation exemplaire avec le gain de la proximité des visages, tous travaillés dans leurs traits comme dans leurs expressions.

John Mark Ainsley (capitaine Vere) émeut par l’intensité de son débat de conscience. Dans le rôle diabolique de Claggart, Phillip Ens a assez de couleurs sombres, son apparition est assez menaçante pour camper un Master-at-Arms inquiétant. Cet ange des ténèbres fait pendant à cet ange de lumière qu’est Billy Budd: Jacques Imbrailo n’a pas le visage d’un Apollon, mais sa sveltesse et son regard candide font exister un personnage loyal, incapable de voir le mal qui rôde autour de lui. Son baryton a de l’éclat, du velouté et de l’émotion.

Mark Elder met en valeur tout le spectre de l’orchestration géniale de Britten et dessine la grande ligne du drame.