Genre: JAZZ
Qui ? Billy Hart
Titre: All Our Reasons
Chez qui ? (ECM/Musicora)

C’est peut-être une facilité de mettre en exergue un disque promis de toute façon à une belle visibilité, publié qu’il est sur un label encensé dont certains achètent toutes les productions les yeux fermés (pour les oreilles, on a parfois des doutes). Mais bon, Billy Hart n’est pas Keith Jarrett, vache à lait non escamotable de l’usine ECM, et son parcours discographique le tiendra toujours éloigné des pics médiatiques du Köln Concert.

Le bonhomme explose depuis quelque temps, un peu à la manière discrète et tardive de Paul Motian, qui fut longtemps le batteur des autres avant d’oser signer de son seul nom des disques de plus en plus personnels. La similitude est d’autant plus frappante, si l’on ose dire, que Billy Hart s’éloigne lui aussi d’une approche orthodoxe de l’instrument, qui en avait fait notamment l’un des batteurs préférés de Stan Getz, pour privilégier tout ce qui chez un esprit frappeur relève de l’imprévisibilité. Et de l’artisanat: les feux d’artifice qu’il chorégraphie dans «Tolli’s Dance» ont moins à voir avec les épatantes prouesses pyrotechniques des Fêtes de Genève qu’avec la mise à feu baignée de poésie du Bonhomme Hiver ou du Rababou fribourgeois.

La vue est souvent sollicitée dans ce disque plus cinématographique que pictural (l’exposé de «Song For Balkis» intègre un motif central de la musique du Vertigo de Hitchcock), où le mouvement finit par produire sur le spectateur-auditeur comme sur les musiciens du groupe un effet d’envoûtement troublant.