Série

«Bip», la websérie qui scanne vos caddies

Dévoilée vendredi soir, la nouvelle coproduction de la RTS s’invite, sur huit mini-épisodes, dans la tête d’une caissière de supermarché qui analyse les aliments de ses clients pour leur inventer des vies. Réussi

A quoi pensent les caissières et caissiers au moment de scanner vos emplettes? Ils vous inspectent autant que les aliments sur le tapis roulant. Mieux, ils vous inventent une vie. Comme ça, vous êtes au courant.

Se glisser dans la tête d’une employée de supermarché, c’est le concept de Bip, dernière-née des webséries coproduites par la RTS, dévoilée vendredi soir sur RTS Play et YouTube. Dans chacun des huit épisodes de deux à trois minutes environ, la jeune Marie reçoit un client différent à sa caisse. L’air de rien, elle analyse le contenu de son panier pour mieux lui tirer le portrait. A travers les yeux de ce charmant Sherlock en tablier bleu, incarné par l’actrice fribourgeoise Marie Fontannaz, on plonge dans le quotidien fantasmé d’un inconnu… qui tout à coup ne l’est plus tellement.

Il y a cette mère célibataire, pot de Nutella et bouteille de vodka, qui peine à combler sa fille comme sa solitude. Ou cet étudiant avec son Tupperware, un indispensable qui lui permet de draguer les filles au micro-ondes de l’uni. Et que dire du bodybuilder à lunettes qui, à coups de paquets de pâtes et de gonflette, a pris sa revanche sur l’enfant complexé qu’il était?

Thèmes de société

Souvent drôles ou mélancoliques, toujours intelligents, ces portraits express abordent, même subrepticement, des thématiques de société comme le divorce, le végétarisme ou les difficultés du monde paysan. Forte d’un rythme endiablé, d’une palette colorée et d’un personnage féminin loin des clichés, Bip se révèle être une vraie réussite.

Notre vidéo: Comment les séries TV se sont-elles développées?

A l’origine de cette plongée en grande surface, un tout jeune cinéaste de 22 ans: Vincent Bossel. Autodidacte, ce natif de Préverenges avait déjà réalisé plusieurs courts métrages en indépendant quand l’idée du supermarché a commencé à germer, «parce que c’est un lieu où tout le monde passe». Mais c’est vraiment quand il contacte la boîte de production lausannoise Imajack que le projet Bip prend forme.

«Marie incarne ce qu’on fait tous, dans le métro, dans une file d’attente: regarder les passants et leur inventer une histoire», explique Vincent Bossel. Qui imagine alors sa galerie de personnages, souvent inspirés de son entourage: «Le petit garçon en surpoids devenu bodybuilder, c’est l’histoire de mon meilleur ami. Quant à la végétarienne, elle me fait penser à ma copine, qui a aussi vécu la séparation de ses parents.»

L’objectif du cinéaste en herbe? Bâtir une multitude de petits univers en trois minutes chrono. «Je voulais explorer un éventail de tons, d’émotions, tout en gardant une cohérence générale. Dans un temps si court, c’est presque un exercice de style.»

Public de jeunes

Un style quasi cinématographique qui a séduit. Bip est l’un des trois projets de websérie sélectionnés parmi une soixantaine de candidats lors d’un concours lancé par la RTS l’automne dernier. «Ça a immédiatement fait tilt», se souvient Patrick Suhner, producteur éditorial de l’unité fiction de la RTS.

Lire aussi: Sur petit écran, «L’affaire Harry Quebert» peine à convaincre

Entre autres parce que l’univers fun et bariolé de la série collait bien au public visé par ce format particulier. «Les webséries sont destinées à toucher un public plus jeune. Si les internautes de notre site web ont en général autour des 40 ans, YouTube est une plateforme particulièrement appréciée des ados, qui pourront regarder ces vidéos sur leur smartphone.»

Au-delà du financement de la série, à hauteur de 200 000 francs, la RTS a également accompagné le travail d’écriture. «J’ai poussé Vincent à être plus impertinent, à surprendre davantage», sourit Patrick Suhner.

Au terme d’une année de travail, Bip sera enfin dévoilée au public. Mais Vincent Bossel n’a pas le temps d’y penser: le jeune talent travaille actuellement avec la RTS sur le développement d’une série au long cours. A suivre.


Bip, en ligne dès le 23 novembre à 21h sur Play RTS et YouTube.

Publicité