Des kilomètres de pronostics et de tapis rouges devant le Dolby Thatre de Hollywood conduisent à un palmarès dûment balisé depuis des mois. Est-ce une surprise que «Les Nouveaux Héros» de Disney remporte l’Oscar du meilleur film d’animation? Et que «Birdman or (The Unexpected Virtue of Ignorance)», d’Alejandro Gonzalez Iñárritu, décroche quatre trophées, dont Photographie, Scénario original, Meilleur réalisateur, Meilleur film?

Après Alfonso Cuaron l’an dernier pour «Gravity», c’est un autre caballero qui établit sa suprématie hollywoodienne («Qui a donné une Green card à ce son of a bitch?» a ironisé Sean Penn). Après sa «Death Trilogy» («Amores perros», «21 Grams» et «Babel»), puis l’âpre «Biutiful», Alejandro Gonzalez Iñárritu change de registre avec «Birdman», drame psychologique et satire, qui interroge les liens du théâtre et du cinéma, de la fiction et de la réalité.

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Vingt ans plus tôt, à Hollywood, Riggan Thomson a connu la gloire en tenant le rôle d’un superhéros, Birdman. Aujourd’hui, il essaie de renouer avec le succès et de prouver qu’il a mûri en montant une pièce à Broadway. Il se coltine une réalité revêche – partenaires toxiques, fille sortant de désintox, maîtresse pénible, critique odieuse… L’épreuve peut virer au cauchemar intégral – se retrouver à poil dans la foule de Times Square! Mais, tel un ange, Birdman veille. Quant à Riggan, il est peut-être capable de décoller… Tourné en plans-séquences qui s’enchaînent sans temps mort, ce film plastiquement et intellectuellement brillant est peut-être juste un tantinet trop ostentatoire (sortie mercredi 25).

Les Français ont longtemps cru que Marion Cotillard, qui a passé la pommade à Sean Penn vendredi soir à la Nuit des Césars, allait être couronnée meilleure actrice. La pauvrette est certes excellente dans «Two Days, One Night» (Deux Jours, une nuit), des frères Dardenne, mais elle avait en face d’elle la flamboyante Julianne Moore, bouleversante dans le rôle d’une linguiste atteinte de la maladie d’Alzheimer («Still Alice»). L’Oscar de l’actrice lui est attribué sans surprise. La comédienne a déjà remporté le Prix d’interprétation féminine à Cannes le printemps dernier pour sa performance dans «Maps to the Stars», de David Cronenberg.

Steve Carell («Foxcatcher»), Bradley Cooper («American Sniper»), Benedict Cumberbatch («Imitation Game») et Michael Keaton («Birdman»): les prétendants à l’Oscar du meilleur acteur sont remarquables. Eddie Redmayne un peu moins mais, sans surprise, c’est lui qui l’a décroché. Il faut dire que ce garçon qu’on a vu pousser la chansonnette dans «Les Misérables» et froncer son sourcil fourbe dans «Jupiter Ascending» concourait avec un vrai rôle à Oscar dans «Une Merveilleuse Histoire du temps», dans lequel il incarne le physicien Stephen Hawking, atteint de dystrophie neuromusculaire. La performance consiste à se recroqueviller sur soi-même et de ne plus bouger. Ce qui semble plus facile à faire que dire de façon naturelle «Le petit chat est mort», mais qui impressionne toujours beaucoup l’Académie. Ainsi que l’ont démontré Daniel Day-Lewis («My Left Foot»), Dustin Hoffman («Rain Man»), Tom Hanks («Forrest Gump»), les rôles d’infirmes s’avèrent un aimant à statuette.

Les Oscars des seconds rôles vont à J.K. Simmons pour «Whiplash» et Patricia Arquette pour «Boyhood».