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«Black Mirror» perd son charme inquiétant d’antan

La série de Charlie Brooker, critique acerbe de la technologie, revient pour une cinquième saison surprise sur Netflix. Problème: les trois propositions laissent un goût d’inachevé

Une application addictive, un jeu vidéo sensuel et une pop star enfermée tout comme son double robotique. Black Mirror s’amuse à scruter les dérives des sociétés modernes sous toutes leurs coutures, avec des épisodes globalement toujours aussi savoureux qu’effrayants. Mais sa cinquième saison pourrait bien marquer un tournant. Après le très décevant chapitre interactif Bandersnatch, sorti en décembre dernier, cette nouvelle fournée de trois histoires originales suit le même chemin.


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La mécanique est bien huilée, la réalisation est toujours impeccable et le casting est un sans-faute. D’autant que Charlie Brooker et sa productrice Annabel Jones s’entourent toujours de stars. Ils ont ici recruté Anthony Mackie chez les Avengers, Miley Cyrus, toujours sur son piédestal, ou encore Andrew Scott, aussi dément que dans son incarnation inoubliable de Moriarty dans Sherlock.

Une version low cost

Mais d’excellents acteurs perdent tout intérêt lorsqu’ils doivent composer avec un matériel de basse qualité. Et c’est là que le bât blesse. Il ne suffit pas de pointer du doigt des technologies potentiellement nocives pour écrire un scénario intéressant. Et les trois nouvelles heures de cette anthologie semblent durer une éternité, sans laisser le goût amer que les précédents épisodes avaient brillamment incrusté dans l’esprit des spectateurs.

Striking Vipers, Smithereens et Rachel, Jack and Ashley Too donnent une impression de déjà vu, mais en version low cost, passée à la moulinette américaine de Netflix. Le premier épisode se concentre sur un jeu vidéo en réalité virtuelle, sorte de Street Fighter version sensuelle puisque les joueurs peuvent même y faire l’amour tout en éprouvant toutes les sensations corporelles dans la vraie vie. Un concept déjà épuisé par la pop culture, comme par le récent Ready Player One, de Steven Spielberg, et qui s’essouffle ici. Il est évident que Charlie Brooker a imaginé cet épisode à partir de sa passion connue pour les jeux vidéo, mais il parvient seulement à diffuser un message peu flatteur pour l’industrie vidéoludique.

Bientôt la retraite

L’épisode suivant, Smithereens, se déroule à Londres, en 2018. Un retour aux sources pour le créateur de la série, autrefois diffusée par la chaîne britannique Channel 4. Si la réalisation offre une dimension sensorielle intéressante, le tout ressemble plus à une sorte de longue et lente publicité de prévention routière, mettant en garde contre les dangers du téléphone au volant. Le message doit bien évidemment être entendu, mais doit-on pour autant subir plus d’une heure d’avertissements soporifiques? Andrew Scott sauve la mise in extremis avec un jeu impeccable, mais cela ne suffit pas.

Le cycle se conclut avec Rachel, Jack and Ashley Too, délire mégalo autour de la personne de Miley Cyrus. Elle y incarne son double sériel, Ashley O, une chanteuse pour ados lassée de donner une image lisse et qui voudrait se lancer dans le rock. Le scénario s’inspire clairement de son propre parcours, d’Hannah Montana à ses shows défrayant la chronique car jugés trop «sexys». Black Mirror utilise ce passif pour imaginer une histoire d’intelligence artificielle calquée sur sa personnalité et vendue aux milliers de jeunes filles en fleurs prêtent à vendre leur âme pour en dénicher une copie. L’épisode se perd totalement dans une fin loufoque et convenue, dans laquelle les personnages empruntent au passage une voiture à fourrure digne de celle de Dumb et Dumber (1994), la comédie déjantée des frères Farrelly.

Le seul mérite de Black Mirror reste de proposer une diversité bienvenue de personnages en termes de genre, race et orientation sexuelle, toujours une rareté sur le petit écran. Mais Charlie Brooker semble avoir épuisé toutes ses idées de génie, et l’heure de la retraite sonne déjà sur nos écrans noirs.

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