Début 2020, Black Movie était un des derniers festivals de cinéma à avoir lieu en présentiel. Et cette année, il est un des premiers à devoir se résoudre à faire vivre virtuellement sa 22e édition, qui compte 41 longs et 43 courts métrages issus de 48 pays, dont 56 peuvent être streamés en première suisse. Les Journées de Soleure ayant également lieu cette année en ligne, les cinéphiles peuvent ainsi – dans l’attente de la réouverture des salles – vivre simultanément deux festivals depuis leur salon.

L’un des atouts de Black Movie, c’est son indéfectible fidélité à des auteurs ignorés des grands circuits de distribution. La manifestation genevoise nous donne par exemple régulièrement des nouvelles du Coréen Hong Sang-soo, un habitué des festivals qui, malgré une double présence au palmarès locarnais – Prix de la mise en scène en 2013 pour Sunhi et Léopard d’or deux ans plus tard avec Un Jour avec, un jour sans –, reste peu montré en Suisse.

Il y a une année, c’est à Berlin que son cinéma de l’intime et du marivaudage, qui lui vaut parfois d’être comparé à Eric Rohmer, a été salué par un Ours d’argent du meilleur réalisateur pour La Femme qui s’est enfuie. Un film que l’on peut aujourd’hui enfin découvrir grâce à Black Movie.

Virage féminin

Cette femme qui s’est enfuie, c’est Gam-hee, incarnée par Kim Min-hee qui, depuis sa rencontre professionnelle et amoureuse avec Hong Sang-soo en 2015, a déjà tourné sept fois sous sa direction. Profitant d’un voyage d’affaires de son mari, Gam-hee va partir à la rencontre de trois amies installées dans trois quartiers éloignés de Séoul; en cinq ans de vie commune, c’est la première fois qu’elle est séparée de son époux, pour qui la vie de couple doit être fusionnelle. Au fil de ses trois rencontres successives vont alors se développer des conversations banales, allant du végétarisme à la vie de couple.

Sur Hong Sang-soo:

Budgets modestes, tournages rapides, plans fixes, séquences tournées dans la continuité et semblant en partie improvisées: la méthode qu’a mise au point Hong Sang-soo lui permet d’enchaîner les longs métrages. Sa filmographie ressemble dès lors à un grand livre, sorte de comédie humaine de chambre dans laquelle chaque film serait comme un chapitre. Même s’il a toujours écrit de beaux personnages féminins, il confirme avec La Femme qui s’est enfuie son désir prégnant – faut-il y voir un effet Kim Min-hee? – de se détourner de récits dictés uniquement par le regard des personnages masculins.

Son cinéma est celui de l’intime, mais aussi de la vie: les trois rencontres autour desquelles s’articule le film sont comme de petites lucarnes ouvertes sur un quotidien qui, au-delà du dispositif cinématographique, tendent vers une certaine forme de vérisme.

Capsules vidéo

Reprenant la forme qu’il aurait eue dans un monde normal, Black Movie décline en ligne ses différentes sections – «Nocturama» sur le cinéma de genre, «La Femme à la caméra» pour mettre en évidence les nombreuses réalisatrices sélectionnées ou encore «Silence, on tourne!» avec des films parlant de cinéma. Ce vendredi soir, la cérémonie d’ouverture du festival sera retransmise en direct. Et en marge des diffusions, le festival proposera également des capsules vidéo permettant de faire vivre son contenu. Le choix a en outre été fait de respecter, comme dans une salle, des horaires: les films sont programmés sur plusieurs séances à des heures précises, avec des fenêtres de visionnement de quatre heures.

Black Movie 2020: Les Algéries de Malek Bensmaïl

Mais que voir? Si le choix est vaste, on pourrait néanmoins citer Red Post on Escher Street, du prolifique Japonais Sono Sion, une ébouriffante comédie féministe dans lequel on croise un jeune réalisateur un peu perdu, un producteur plus porté sur l’argent que sur l’art, des figurantes déchaînées… et des mafieux. A l’autre bout du monde, Teboho Edkins raconte dans Days of Cannibalism la manière dont des investissements chinois vont dérégler le délicat équilibre d’une région du Lesotho.

Découverte en 2016 à Locarno avec El Remolino, sélectionné par la Semaine de la critique, la documentariste Laura Herrero Garvín s’intéresse, quant à elle, dans La Mami, à des danseuses de cabaret mexicaines, tandis que Santiago Esteinou se penche dans Los ańos de Fierro sur le destin de Cesar Fierro, qui a passé plus de quarante ans dans le couloir de la mort d’un pénitencier américain pour un crime qu’il a toujours nié. Alors que Donald Trump s’est distingué en multipliant les exécutions à la fin de son mandat, Cesar Fierro a finalement été libéré en octobre dernier.


Black Movie, du 22 au 31 janvier. En ligne sur le site online.blackmovie.ch