Le Temps consacre plusieurs articles à Blade Runner 2049, la suite très attendue du mythique Blade Runner, sorti en 1982. Sur le même sujet lisez aussi: 

Publié en 1968, Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, comme nombre de romans de Philip K. Dick, sidère par la puissance de l’imagination, par l’originalité des hypothèses ontologiques, et rebute par la platitude de l’écriture. Le livre et le film diffèrent puissamment, les scénaristes n’ayant pratiquement conservé que deux personnages, le détective Rick Deckard et la réplicante Rachel.

La Terre est ravagée. Les survivants qui n’ont pas émigré sur une autre planète croupissent dans l’hiver nucléaire. Ils disposent d’«orgues à humeur» pour soigner leur neurasthénie et de «boîtes à empathie» pour fusionner avec le prophète Wilbur Mercer, un télévangéliste amélioré. La police élimine les réplicants, des androïdes surhumains conçus pour la conquête spatiale et interdits de séjour sur Terre. Les gens souffrent d’une grande solitude de l’esprit provoquée par l’extinction massive des animaux. Deckard n’a qu’un mouton électrique pour combler son vide affectif. Il rêve d’un vrai cheval, voire d’une chouette. Avec ses primes, il parvient à se payer une chèvre…

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Happy end ridicule

Ce plaidoyer pour l’humanité intéresse le cinéma. Après être passé de main en main, le projet revient au début des années 80 à Ridley Scott, qui a triomphé avec Alien. Le réalisateur exige de nouvelles réécritures. Le film s’intitule successivement Dangerous Days, Androids, Mechanismo et… Gotham City!, avant de devenir Blade Runner. Tour à tour, Robert Mitchum, Gregory Peck, Peter Falk, Al Pacino, Nick Nolte et Dustin Hoffman sont pressentis pour tenir le rôle de Deckard. Le choix se porte finalement sur Harrison Ford, qui vient de terminer le tournage des Aventuriers de l’Arche perdue.

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Venu de la publicité, Ridley Scott apporte un soin maniaque aux décors dans ce qui est le dernier grand film avant l’avènement de l’imagerie générée par ordinateur. Quelque 400 menuisiers, peintres et plâtriers travaillent sur des maquettes aux perspectives forcées et des matte paintings (peintures en trompe-l’œil prolongeant les décors). Le comportement tyrannique du cinéaste anglais lui vaut l’inimitié de l’équipe américaine. Le budget explose. Licencié, Scott poursuit néanmoins son travail. Une clause du contrat garantit le final cut aux producteurs, qui imposent une voix off explicative et un happy end particulièrement ridicule.

Le film sort le 25 juin 1982, le même jour que The Thing, de John Carpenter, et E.T., de Steven Spielberg. C’est un échec sans appel. Le public, qui attendait du space opera façon Star Wars, boude l’esthétique de la vétusté et la tonalité sombre. Mais les festivals, le marché vidéo vont faire de Blade Runner le film-culte qui fonde le cyberpunk. En 1992, le director’s cut remplace la conclusion optimiste par une dernière scène ambiguë. Une petite licorne en origami pose une question vertigineuse sur l’identité de Deckard: et si le Blade Runner était un réplicant qui s’ignore?