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Blaise Bersinger: «Mon humour n’est conventionnel, il est à contre-courant, mais sans le faire exprès.»
© Louise Rossier

Le rire de l’autre

Blaise Bersinger, dialogue de sons

L’humoriste romand se distingue par l’utilisation de sa voix, qu’il enregistre et déforme pour créer une gamme de personnages loufoques. Un petit monde inspiré de l’œuvre de François Pérusse, le père québécois des «2 minutes du peuple»

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Une fourmi se balade sur la table en bois. Il la fait partir d’une pichenette. Sur son t-shirt, un petit chat fait un doigt d’honneur. Drôle de pied de nez. Et voici comment l’absurde débarque, dès la discussion lancée avec Blaise Bersinger.

Dans la cour de L’Atelier, un bar de son quartier, l’humoriste lausannois savoure modestement son succès. Ses blagues déphasées ont fait le bonheur des téléspectateurs de Mauvaise langue, l’émission satirique de la RTS dont la première saison vient de se terminer. L’année prochaine, le jeune homme de 27 ans prendra la place de son ami Thomas Wiesel dans le fauteuil de présentateur. L’absurde en majesté. «Mon humour n’est pas conventionnel, il est à contre-courant, mais sans le faire exprès. Je dois faire un effort supplémentaire pour convaincre», souligne-t-il.

Son petit monde est peuplé de personnages qui discutent des tracas d’un quotidien que personne ne vit. Dans son premier spectacle, curieusement intitulé Peinture sur chevaux 2, le comique barbu et longiligne se met dans la peau d’une personne qui a perdu… son arrière-train. Le personnage contacte alors le centre d’appel d’une assurance un poil étrange, puisque la conseillère ne cesse de lui raccrocher au nez. La personne au bout du fil n’est pas interprétée par une comédienne. C’est Blaise Bersinger lui-même qui enregistre et triture sa voix à l’aide d’un logiciel pour lui donner vie. «Il y a un côté bouts de ficelle dans mon travail. Je ne suis pas technicien ou monteur audio professionnel, mais j’arrive à le faire. J’ai un truc un peu égoïste, j’aime bien tout produire moi-même», résume-t-il.

Lire aussi: Après des débuts difficiles, «Mauvaise langue» a su trouver son public

«Les 2 minutes du peuple»

Cette débrouillardise ne jaillit pas de nulle part. Dans la cour de récréation, le jeune Blaise Bersinger et ses camarades de classe s’échangeaient les épisodes de la populaire série Les 2 minutes du peuple du Québécois François Pérusse. Dès qu’il obtenait un nouveau sketch, il l’écoutait immédiatement: «C’était une consommation sauvage.» Un jour d’examen, un drôle d’air retentit dans la salle de musique: c’est une chanson grivoise de son mentor, que le futur humoriste entonne – avec l’accord de sa professeure… Blaise Bersinger a un vif souvenir de cette période. Le voilà qui fredonne maintenant les paroles d’un morceau consacré aux «bestioles», accompagné du piaillement des oiseaux, en direct dans la cour du café: «Les vers de terre, j’sais pas quoi en faire/Une mouche, je trouve ça louche/Et les criquets, ça m’effraie.»

Au début de sa carrière, François Pérusse enregistrait des chansonnettes dans son petit appartement en jouant avec ses cordes vocales pour élargir sa gamme de personnages. C’est devenu son truc. Ces voix qui tirent sur les sopranos, ténors ou barytons transformés par ordinateur lui servent à donner du relief à ses histoires, et à déclencher le rire de l’auditeur. «Quand j’avais 14 ans, je me disais que c’était du génie, sourit Blaise Bersinger. Je voulais faire la même chose.» Deux ans plus tard, il se lance dans l’aventure du sketch audio grâce à son premier ordinateur. Depuis, il n’a jamais cessé de s’amuser avec le son.

«Ce type fait n’importe quoi»

La radio est un terrain d’expérimentation rêvé. On lui a d’ailleurs offert une déroutante «carte blanche» dans la matinale de Couleur 3. A l’heure où l’auditeur ouvre péniblement les yeux, un café à la main, l’humoriste diffuse les messages de faux auditeurs enregistrés sur un répondeur imaginaire. Des interventions radiophoniques si absurdes qu’il est difficile de les décrire sans les trahir. De quoi décontenancer parfois jusqu’aux présentateurs de l’émission. «Maintenant, ils savent que ce type fait n’importe quoi», lâche Blaise Bersinger, un brin taquin.

Le jeune trublion baigne dans l’univers absurde de François Pérusse depuis son adolescence, alors naturellement son humour épouse celui de son modèle. «Parfois je fais un sketch et on me dit qu’il ressemble beaucoup à une de ses histoires, alors que je ne la connaissais pas. Le ressort comique est le même, c’est le même gag. La frontière entre plagiat et inspiration est fine. Comme on dit en vaudois, faut se veiller.» Serait-ce un aveu? Pécherait-il par excès d’admiration? Absolument pas. Blaise Bersinger a une imagination débordante.

«Un jour, il va mourir»

Sur scène, il parodie les programmes télévisés. Le comique se met dans la peau d’un présentateur d’une émission nocturne et intellectuelle. Mais ce dernier a quelques soucis de diction, ce qui se révèle particulièrement périlleux au moment de présenter le réalisateur Michel Ha-za-na-vi-cius. Blaise Bersinger joue également un candidat de téléréalité, dont l’improbable mission est d’imiter un camion qui recule. Une caricature irrésistiblement drôle. Faut-il y voir la critique d’un univers médiatique abrutissant? «J’aime beaucoup rire de la forme des choses, peu du fond», répond-il. Ce qui le fascine, c’est la langue, les situations qui dérapent.

Un plaisir qu’il entretient depuis son plus jeune âge grâce à l’improvisation. Il tient d’ailleurs à préserver cette liberté dans son spectacle. «J’aime beaucoup la notion d’accident dans l’humour. On prévoit de faire quelque chose, et ça ne fonctionne pas comme prévu. Les accidents langagiers me font également beaucoup rire, explique l’ancien étudiant en linguistique et français médiéval. Je ne sais plus ce que je disais, j’ai digressé, tant pis.»

Dans la cour ensoleillée du bar, Blaise Bersinger choisit méticuleusement ses mots. Un air pensif tout relatif, car il fourmille d’idées et de projets. Ancien batteur dans un groupe de ska, il voudrait apprendre à jouer de la basse et du piano. Sur scène, il s’amuse déjà avec un trombone. Il rêve d’accords «qui claquent» pour accompagner ses textes absurdes. Comme le fait François Pérusse, qui «tient la route musicalement». Le Québécois de 57 ans est décidément au cœur de son travail. Il ne le dit pas, mais on comprend qu’il rêve de réaliser un sketch avec le virtuose de l’absurde. Le temps presse, plaisante Blaise Bersinger: «Un jour, il va mourir et j’irai à son enterrement.»


Profil

1991 Naissance à Sydney (Australie).

2010 Premier sketch dans une radio professionnelle.

2016 Première mouture du spectacle «Peinture sur chevaux 2».

2017 Première chronique en direct sur Couleur 3.

2018 Participation à l’émission «Mauvaise Langue».

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