Après le clash de La Chambre à lessive, le requiem pénétrant des Ruines. L’épisode 1 de la série théâtrale genevoise Vous êtes ici avait été brouillé par la décision de Marion Duval de se passer du texte de Claude-Inga Barbey. A l’Orangerie, il n’avait convaincu qu’à moitié. Au Poche, l’acte 2 infuse jusqu’au cœur. Il accentue aussi une veine qu’on pressentait, plus atmosphérique que romanesque, plus existentielle que rocambolesque. Cette réussite est l’œuvre de la metteuse en scène Manon Krüttli, qui sert avec un doigté mélomane le texte de Stéphane Bouquet, ancien critique aux Cahiers du cinéma.

Un blues d’après-apocalypse. Au premier acte, Miguel (Juan Antonio Crespillo) régnait avec son balai et son machisme affable sur la buanderie et l’immeuble. Il est désormais le désarroi personnifié. Alice (Rébecca Balestra) et Lukas (Baptiste Gilliéron) se demandaient, eux, comment biberonner leur bébé et vivre leur bohème. Ils sont sur le point de se séparer. Arbalète (Aurélien Gschwind), la vingtaine en rupture de tout, vagabondait dans les friches: il flirte à présent avec ses ombres, comme un oiseau piégé dans la glu, captif d’un perchoir, la dalle soulevée qui traverse la scène – une scénographie de Sylvie Kleiber.