Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Puff Daddy

Bling-bling toujours

Pour le rappeur, afficher des signes extérieurs de richesse donne une autre image des Noirs. Trajectoire

Tout ce qui brille n’est pas d’or? Chez lui, si. P. Diddy alias Puff Daddy, de son vrai nom Sean Combs, a fait du bling-bling, du tape-à-l’œil, un mode de vie, voire une philosophie. Comme tous les étés, le rappeur-entrepreneur va amarrer son yatch au port de Saint-Tropez. D’ici là, assis dans une suite du George-V à Paris, il vante aux deux chanteuses de son prochain album Last Train to Paris la taille de son bateau: «Quand j’ai commencé à aller à Saint-Trop’ en 2003, être un homme de couleur et posséder le plus gros yacht du port, ça n’allait pas de soi.»

Le rappeur multimillionnaire a fait fortune dans la musique mais aussi dans le vêtement, avec la marque Sean John, qui lui a valu le prix prestigieux du meilleur créateur de mode américain. Quand il débarque sur la Côte d’Azur, il emmène avec lui ses invités, de très jolies jeunes femmes ou des amis rappeurs. En 2007, Aujourd’hui en France rapportait que Diddy et son entourage s’étaient vu refuser l’entrée d’un club tropézien très huppé, où on trouvait son style trop tapageur. Le rappeur dément: «Ça n’est jamais arrivé. Au contraire, ils nous supplient de venir dans leurs clubs. La fréquentation des visiteurs à Saint-Tropez a même augmenté depuis que je vais là-bas en vacances. C’est prouvé. Vérifiez!» A l’Office du tourisme de la station balnéaire, on est dubitatif: «Il vient comme les autres people entre le 15 juillet et le 15 août, difficile de savoir lequel fait venir le plus de monde.»

Puff conçoit que son bling-bling puisse être perçu comme une faute de style: «C’est vrai que ce n’est pas de très bon goût de fanfaronner avec son argent. Mais j’étais très jeune quand je l’ai fait. Maintenant, je ne flambe plus autant. La première fois que vous touchez un million, je vous jure que vous le montrez, que ce soit de bon ou de mauvais goût. C’est juste jouissif.»

Avec près de 400 millions d’euros de fortune (d’après le magazine Forbes), gains issus du vêtement, de la vente de parfums, de productions télé et du rachat du catalogue Bad Boy Records par la major Warner, P. Diddy, en réalité, n’a jamais cessé de jeter l’argent par les fenêtres. Pour son quarantième anniversaire, il a dépensé deux millions et demi d’euros. Les deux chanteuses, Kaleena et Dawn Richard, qui forment avec lui son nouveau groupe Dirty Money, confirment. Kaleena: «Pour nous, ce qu’il y a de plus bling-bling chez P. Diddy, ce sont ses anniversaires. Lors de ses 40 ans, j’étais en train de danser quand j’entends soudain ma chanson soul préférée, «Let’s Stay Together». Je vais remercier le DJ d’avoir joué ce morceau et en fait, c’était Al Green lui-même qui chantait! Ça, c’est bling-bling: avoir Al Green qui chante pour toi à ton anniversaire.»

En janvier dernier, pour les 16  ans de Justin Dior, l’aîné de ses 5 enfants, P. Diddy a fait venir mille invités et leur a demandé de ne pas offrir de cadeaux à l’adolescent mais de faire un don à l’association de l’artiste haïtien Wyclef Jean, qui vient en aide aux victimes du tremblement de terre. Le fiston a quand même reçu une voiture de luxe de 350 000 euros avec chauffeur personnel.

A 16 ans, P. Diddy n’avait pas de père pour lui faire de somptueux cadeaux. Le sien a été tué quand il avait 3 ans, d’une balle dans la tête. Wikipedia dit qu’il était proche de Frank Lucas, le trafiquant qui a inspiré le film American Gangster. Diddy se contente d’un: «C’était un alcoolique, tué sur le parking d’une discothèque.» Il a plus d’estime pour les femmes de sa famille: sa mère, un ex-mannequin accro au shopping, sa tante, ancienne lingère dans un hôtel, sa grand-mère qui reprenait les ourlets des robes de la chorale de gospel. Il se vante aussi d’avoir un oncle gay et d’avoir acquis, en grandissant à Harlem, le sens inné du style: «Là-bas, on arrive toujours à faire quelque chose de rien.»

Quand il a 12 ans, la famille déménage à Mount Vernon, dans le nord de New York. Il vend des journaux à la criée et prétend avoir alors gagné 500 euros par semaine. A l’Université d’Howard, à Washington, il monte un service de voiturage pour les étudiants, organise des soirées qu’il transfère vite à New York. En 1991, lors d’un concert pour lequel il avait vendu trop de billets, neuf personnes sont mortes écrasées. De fait, la carrière bling-bling de P. Diddy est jalonnée de bang-bang: assassinat de son meilleur ami, The Notorious B.I.G.; coups de feu dans une discothèque en 1999.

Entre-temps, à 18 ans, il décroche un stage dans sa maison de disques préférée, Uptown Records. On lui confie les artistes les plus ingérables, les chanteurs de R & B Jodeci et Mary J. Blige, il les transforme en vedettes. A 19 ans, il est propulsé vice-président.

Mais déjà, le côté tapageur de Puff Daddy déplaît. En 1991, il se fait virer. A l’époque, on ne disait pas encore bling-bling. L’expression vient du sud des Etats-Unis et de la fin des années 90, employée par les rappeurs de Cash Money qui exhibent dents en or et bijoux. Kaleena: «Bling-bling, pour nous, c’est un mode de vie, c’est montrer en permanence qu’on est étincelant malgré les drames que l’on traverse. Malgré l’adversité, les gens de couleur se sentent bien dans leur peau et le montrent. Alors aujourd’hui, on affiche moins les bijoux mais plutôt le mode de vie qui va avec.»

C’est ce que Puff a imposé à la culture hip-hop: un style de vie autre que celui de la rue. Avec lui, les bad boys (nom qu’il donne à son label en 1993) sont passés du litron de bière au champagne, des vêtements de chantier aux costumes d’hommes d’affaires, des grossières chaînes en or aux diamants. «Je pense que dans le hip-hop, j’ai été le premier exemple de nouveau riche, reconnaît le rappeur. Je voulais porter le plus de diamants possible. J’étais juste heureux, et nous, les personnes de couleur, nous n’étions pas montrées comme ça. L’image des Noirs était misérable, des gens qui n’ont rien. Les riches portaient des diamants, donc je voulais porter des diamants.»

Son modèle, c’est Donald Trump. Il affiche les mêmes signes extérieurs et patrimoniaux de richesse: une résidence d’été à East Hampton, un appartement à Central Park, une grande propriété à Miami. Du Nicolas Sarkozy bling-bling, il ne trouve rien à redire: «Ah bon, vous trouvez qu’il affiche trop ses Rolex? Vous cherchez la petite bête. Il est comme moi, on aime juste la vie, et on en profite.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps