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Une image du clip «Saying Something» de Justin Timberlake, réalisé par l'équipe de la Blogothèque.
© Blogothèque

Musique

Et la Blogothèque réinventa la vidéo musicale

Le site web français a profondément rénové la grammaire de la musique filmée. Justin Timberlake lui a confié la réalisation de son dernier clip. Et c’est une merveille

Janvier 2018. Peu avant la publication de Man of the Woods, son cinquième album studio, Justin Timberlake bluffe son monde, interprétant le single «Saying Something» flanqué du héros country Chris Stapleton durant un plan-séquence ininterrompu de six minutes où des couloirs se traversent, des ascenseurs s’empruntent et une chorale s’en mêle, tandis que jouent en live dix-sept musiciens disséminés à chaque étage d’un vaste building. Auteurs de ce clip somptueux: des Parisiens passionnés et créateurs d’un blog où s’imagine depuis douze ans le futur de la vidéo musicale.

«On aime filmer des gens en train de faire de la musique.» Cheveux en désordre, pull en tricot, manières aimables et cherchant avec soin ses mots, Christophe «Chryde» Abric, fondateur de la Blogothèque, nous reçoit dans ses bureaux, un espace élégant niché au fond d’une cour arborée du XIXe arrondissement parisien. Un lieu vivant où, depuis une grosse décennie, s’imaginent des formats innovants qui ont bouleversé les codes du clip vidéo. «Depuis nos débuts, on aime créer les conditions pour qu’un joli moment musical advienne, résume Abric, puis on le capture avec une seule caméra, brut, sans tricherie ou fioriture.» Mais avec soin, dans une approche intimiste, en privilégiant le plan-séquence, en jouant avec les bruits ambiants et en encourageant l’improvisation chez les musiciens. S’il est un dogme à la «Blogo», «spontanéité» le résume plein pot.

«Va voir les gars de Blogo»

Blog consacré à l’actualité musicale indé en son lancement en 2003, la Blogo devient phénomène quand les premiers Concerts à l’emporter imaginés par «Chryde» et sublimés en pionnier par le réalisateur Vincent Moon y sont diffusés en 2006. Depuis, plus de six cents artistes se sont prêtés à l’exercice, acceptant d’offrir des performances improvisées au hasard des intérieurs, rues, squares, troquets ou places parisiennes: Arcade Fire, Alicia Keys, R.E.M., Beirut ou Mac DeMarco. «Quand on a commencé, se souvient Abric, personne ne faisait ce qu’on fait. On était excitants. Les artistes, beaucoup moins sous pression à cette époque, se donnaient le mot: «Si tu passes par Paris, va voir les gars de Blogo!» Depuis, les Concerts à l’emporter se sont banalisés, ont été imités ou copiés. En parallèle, l’industrie musicale, comme les pratiques sur le web, ont énormément changé. Nous, avec plus de mille vidéos en boîte, on s’est demandé comment durer tout en conservant l’esprit, l’énergie et la cohérence qui fondent notre spécificité.»

A lire:  Justin Timberlake, du Tennessee au toit du monde

Se renouveler afin de durer et de «conserver l’envie», comme le souligne Christophe Abric, la Blogothèque y parvient en imaginant d’abord les Soirées de poche, concerts donnés en appartement auxquels se prête Bon Iver, notamment. Ou encore en développant ses activités de producteur, bouclant notamment le beau documentaire More Than Jazz (2016), réalisé pour les 50 ans du Montreux Jazz Festival. «On a compris, toutes proportions gardées, les similitudes qui existent entre notre démarche et celle de Claude Nobs qui, lui aussi, aimait pousser les artistes hors de leur zone de confort, et documenter cela», précise «Chryde». Néanmoins, malgré des collaborations de haut vol menées avec les étalons pop Phoenix ou Jack White, rien ne préparait les Parisiens à être un jour contactés par l’équipe de Timberlake.

50 millions de vues

«On a appris plus tard que la cousine de Justin, qui a longtemps été son assistante personnelle, est fan de ce qu’on fait depuis des années, détaille Christophe Abric. Elle a montré notre travail au staff et, pour le nouvel album, ils nous ont appelés, disant juste: «On veut travailler avec vous, voilà la chanson qu’on veut filmer, ça se fera les 7 et 8 décembre à Los Angeles, pour le reste on vous fait confiance.»

Timberlake et son équipe ont respecté notre travail sans jamais chercher à nous changer

Christophe «Chryde» Abric, fondateur de la Blogothèque

Arrivée en Californie pour un mois, l’équipe décide de ne rien changer à la grammaire visuelle qui fait son identité: «Saying Something» donnera lieu à un plan-séquence durant lequel Timberlake sera suivi au plus près, jouant live, durant une déambulation chorégraphiée qui épousera la progression d’un titre au final exaltant. Restait à dénicher le lieu idéal pour le capturer. «On s’est décidé à peine une semaine avant la date du tournage pour le Bradbury, un immeuble du XIXe siècle où a été filmée la scène finale de Blade Runner, explique Abric. Le jour J, après une pleine journée de répétition, on a en tout fait six prises. On a conservé la dernière, réalisée alors même que le soleil se couchait et qu’une lumière irréelle perçait.»

Depuis? La vidéo, d’une impeccable intensité, connaît quelque 50 millions de vues sur YouTube. Et les sollicitations pleuvent. Mais la Blogo ne s’affole pas pour autant. «Alors qu’était lancé ce projet, se souvient «Chryde», on s’interrogeait: est-ce que le mainstream va nous manger tout cru? Eh bien non! Timberlake et son équipe ont respecté notre travail sans jamais chercher à nous changer. Dès lors, je regarde ce clip avec fierté. Tout ce qu’il dit, c’est: là, c’est qui on est et ce que l’on fait!»

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