C’est une attente à chaque fois 
dépitée. Celle qui fait que chaque nouveau jeu vidéo qui sort sur 
le marché suscite autant d’excitation que de contrariété. Le dernier Assassin’s Creed Syndicate était décevant. Lancé mardi dernier, 
Fallout 4 présageait des heures d’aventures post-nucléaires jouissives. Des promesses que le jeu, au final, 
n’a pas tenues. Alors autant 
dire qu’on ne nourrit aucune 
illusion au sujet de Star Wars: Battlefront qui sort la semaine prochaine.  
Mais qu’est-ce qui crée ce sentiment blasé de trouver tous ces jeux plats, répétitifs et frappés du même manque cruel d’invention? Pourquoi 
les productions actuelles des grands studios n’ont-elles plus rien 
de la puissance d’imagination 
qui nous rendait jadis extatique. Peut-être avons-nous passé l’âge 
pour ce genre de fantaisie?
 Il faut reconnaître que depuis Doom
et Tomb Raider, le public a changé, 
et avec lui sa manière de jouer. 
Le smartphone a mis devant un écran toute une population qui n’avait jamais tenu une manette dans 
ses mains. Et les consoles, désormais converties au mode multijoueur, imposent aux développeurs 
de simplifier leur propos. Finis 
les dialogues parfois piquants 
de Fallout, terminées les parties chronophages de World of Warcraft pour augmenter le niveau 
d’expérience de son avatar. Il faut 
aller à l’essentiel, mâcher le boulot 
du gamer et tout miser à fond 
sur l’action. Les muscles plus forts 
que le cerveau. Et voilà Fallout, 
jeu pourtant drôle et malin, 
devenu un banal casse-pipe 
dans l’Amérique d’après 
l’Apocalypse.
 Sans doute aussi qu’un fond 
de naïveté nous a fait oublier 
l’essentiel. En bonne industrie 
du divertissement, celle des jeux 
vidéo reste motivée par le retour 
sur investissements. Comme 
au cinéma, elle applique donc 
les recettes qui rapportent. 
Chaque année, Ubisoft édite ainsi 
un nouvel épisode de sa licence Assassin’s Creed, jeu d’aventure qui prend pour cadre les grands moments de l’histoire. C’est même la seule chose qui change vu la rapidité avec laquelle l’éditeur français enquille les épisodes de sa saga. Il existe heureusement 
des expériences salutaires 
qui réveillent chez le vieux geek nostalgique les souvenirs 
de ses premiers émois numériques. On veut parler de ces petits studios indépendants qui développent 
des jeux épatants, dans des situations parfois précaires. C’est le cas de 
Life is Strange, des Français 
de Dontnod Entertainment, l’histoire d’une ado capable d’infléchir, 
à l’envers, le cours du temps. 
Un pouvoir dont ses développeurs, placés en redressement judiciaire, auraient bien besoin.