Les folk singers étaient autrefois des journalistes. Ils sillonnaient la jeune Amérique, colportant pour quelques sous les nouvelles du monde extérieur, l’avancée du chemin de fer ou le naufrage du Titanic. A ses débuts, porté par le «revivalisme» folk, le jeune Bob Dylan a perpétué cette tradition. Il a annoncé que les temps changeaient (The Times They Are a-Changin’), dénoncé l’impérialisme américain (With God on Our Side), stigmatisé les marchands de mort (Masters of War) et dénoncé les injustices sociales avec une vive conscience du privilège blanc (The Lonesome Death of Hattie Carroll).

Au mitan des 60’s, le ménestrel a pris ces chemins de traverse défrichés par Rimbaud, enchaînant les illuminations poétiques sur des albums pleins de grâce comme Blonde on Blonde où «les harmonicas jouent les passe-partout et la pluie». Ensuite, il s’est perdu à plusieurs reprises. Il a pris une pré-retraite, enregistré des disques médiocres, rencontré le Sauveur, entamé une tournée mondiale sans fin au cours de laquelle il massacre impitoyablement ses titres, joué la fille de l’air le jour où il a reçu le Prix Nobel de littérature et sorti Triplicate, triple album de standards, qu’il concasse d’une voix de rogomme propre à décourager les fans les plus inconditionnels.