Mingjun Luo le dit, il y a de la mélancolie dans son travail. Mais il ne faut pas confondre cette mélancolie avec de la tristesse. Ses souvenirs sont aussi nourris de bonheurs anciens ou récents, le temps de sa jeunesse chinoise, mais aussi de son regard de maman sur ses enfants, de sa découverte des paysages helvétiques… C’est un de ces moments que Le Temps a choisi pour la troisième œuvre qu’il propose en souscription à ses lecteurs.

Bien sûr, c’est elle sur l’image, en Chine, dans les années 80, avec un autre étudiant des Beaux-Arts. Ils viennent de recevoir leur diplôme, ils sont heureux, pleins d’espoir. C’est ce moment d’optimisme auquel elle a souhaité redonner vie dans ses traits et peu importent les visages, les identités, puisqu’il s’agit aussi de faire écho aux souvenirs de ceux qui regardent cette image, dont elle avait déjà réalisé un dessin et une peinture avant de la reproduire sur la pierre.

A chaque fois, c’est une autre façon de capter le souvenir, de lui donner cette présence fragile qui est propre aux vrais souvenirs et non pas aux photographies bien nettes. Il faut beaucoup de talent, de finesse dans le trait, pour rendre cette évanescence. D’autant plus quand il s’agit de dessiner sur la pierre lithographique, une technique qu’elle a découverte assez récemment, accompagnée par un professionnel d’expérience, Raynald Métraux. C’est à nouveau dans son atelier lausannois qu’elle a dessiné Dans le bois sur la pierre lithographique.

Aujourd’hui, Mingjun Luo est en train de passer à une autre étape de son travail. Elle retrouve du plaisir à représenter directement ce qu’elle a sous les yeux plutôt que de réveiller ses souvenirs avec des photographies. Ainsi, parmi ses œuvres récentes, figurent trois grands tableaux, chacun représentant simplement des bols. Sur l’un d’eux, un bol précieux qui n’appartient pas à son passé. Il vient en effet de la famille de son mari et a été rapporté par une aïeule qui a vécu en Indonésie. Sur le deuxième, une pile de bols blancs, d’une élégance toute contemporaine. Et sur le troisième, un bol tout simple, avec cet effet de grain de riz, qu’on retrouve dans tous les restaurants chinois, et qui est son bol quotidien.

On le voit, les trois images tissent encore des liens entre le passé et le présent, entre l’Asie et la Suisse. Mais d’une autre façon, à travers des objets chargés d’histoires et de symboles. Ces œuvres sont à découvrir sur le stand de la Galerie Gisèle Linder à Art Basel. ­Mingjun Luo commence en effet à être présente dans les grands rendez-vous internationaux. Cette année, on a aussi pu voir des œuvres de l’artiste à l’Armory Show de New York et à Art Basel Hongkong grâce à sa galerie chinoise. Voilà un succès qui fait plaisir.