Inauguration

Le bois s’apprête à vibrer à l’Opéra des Nations

La salle de remplacement du Grand Théâtre de Genève, élevée pour la période de ses travaux, ouvre ses portes. Tour des lieux

La terre est encore meuble et les plantations d’arbres toutes fraîches. Une ruche d’ouvriers s’affaire à l’extérieur. Ici on étale un revêtement de gravier où le pied s’enfonce encore. Là, les pelleteuses poussent le terreau humide. Ailleurs, on finit de peindre des panneaux alors que râteaux et pelles s’activent autour du grand édifice en bois. A l’intérieur, tout est déjà en place. Quelques coups de nettoyage et les premières notes pourront résonner dans 13 jours, après 10 mois d’un labeur acharné. L’Opéra des Nations est prêt.

Réunis en conférence de presse mardi matin pour présenter la nouvelle salle qui trône au 40 Avenue de France, la présidente de la fondation Lorella Bertani, le directeur Tobias Richter, le ministre genevois de la culture et du sport Sami Kanaan, le conseiller administratif Remy Pagani et Mathias Buchi du bureau Brodbeck-Roulet présentent fièrement «leur» théâtre.

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Pour tous, c’est un défi incroyable. L’aboutissement d’une aventure insensée qui a commencé à Paris (LT du 05.03.2014). Une «folie» que Lorella Bertani défend avec fougue, citant Prospero dans la Tempête de Shakespeare: «Nous sommes de l’étoffe dont les songes sont faits». Le rêve a pris forme en un temps record. La salle sera dévoilée au public à la date prévue: le 15 février prochain lors de la première d’Alcina de Haendel.

Sami Kanaan loue les équipes et rappelle qu’un déménagement est «le deuxième plus grand traumatisme après un deuil. Vous imaginez une délocalisation qui a nécessité de vider entièrement les bâtiments historiques où rien n’a bougé depuis 60 ans pour certains postes!»

Aujourd’hui, les 1110 sièges rouges (dont une centaine arborent une plaque métallique gravée au nom des parrains qui les ont financés), descendent en larges rangées vers la fosse qui peut accueillir 70 musiciens. La vision est excellente: tous les sièges font face à la scène. L’acoustique, salle vide, semble bonne: on entend avec précision l’accordeur de clavecin qui œuvre devant le plateau. L’importante charpente, flanquée de panneaux de renvois sonore sur les murs en bois, a belle allure.

Le plus enthousiasmant pour les deux responsables de l’institution, après l’exploit technique de la transformation et de la construction de l’édifice, c’est son atmosphère. Cette salle a «une âme» pour Lorella Bertani, une «odeur» pour Tobias Richter.

L’architecte approuve: «La transformation du Théâtre en Opéra, et l’agrandissement de sa jauge, auraient pu casser l’ambiance. Or cela a encore développé le potentiel du lieu. Sur un plan purement comptable, cela lui donne une énorme valeur ajoutée, qui permettra de la revendre au meilleur prix quand il faudra quitter le terrain dans deux ans et demi.»

Au niveau financier, si l’opération ne coûte rien à la population, grâce aux apports publics ayant financé le projet, le budget a bondi de 6 millions initiaux à 11 millions et 250 000 francs actuels. Des dépassements dus «aux imprévus qu’on rencontre dans tout chantier, explique Remy Pagani. La déclivité du terrain, sa structure ou le remplacement des sièges pour des raisons de sécurité ont notamment alourdi la facture. Mais les frais sont couverts même si nous avons besoin d’argent dans le cadre des 60 millions de travaux de réfection du Grand Théâtre, dont l’ODN fait partie intégrante.» Il est ainsi rappelé aux Genevois que l’opération des Fauteuils est toujours active.

En ce qui concerne la programmation, les dimensions de l’espace impliqueront des ouvrages de plus petite envergure, de type classique, baroque ou contemporain. L’OSR sera sollicité dans le cadre du cahier des charges établi entre les deux entités. «Je serai heureux d’accueillir des formations spécialisées dans certains cas, mais nos conventions de nombre de services seront respectées» déclare Tobias Richter.

A ceux qui ne comprennent pas pourquoi le BFM a été écarté, il est répondu que la liberté de programmation et la facilité d’utilisation des locaux ont prévalu. Propriétaire de l’ODN, la Fondation du Grand Théâtre peut aussi louer l’espace hors des périodes de programmation et encaisser les bénéfices de la buvette, alors qu’au BFM la société Artfluvial gère le temps, l’espace et la rentabilité sur des périodes qui lui appartiennent. «Après étude approfondie, il s’est avéré que le budget de fonctionnement était beaucoup moins cher avec la solution choisie» conclut Sami Kanaan.

Reste l’emplacement emblématique sur l’aire internationale qui devrait aussi attirer de nouveaux publics. «L’offre des TPG est tout à fait suffisante avec le terminus du tram devant l’entrée. Il y a un grand parking tout proche, et la station de Sécheron est à quelques minutes à pied de Cornavin», rappelle Tobias Richter. Mais une étude est en cours concernant une navette sur le lac pour permettre de passer aisément d’une rive à l’autre. Et de cour à jardin…

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