Cet été, «Le Temps» raconte la rivalité sans merci qui a opposé, à partir de 1880, deux grandes dynasties de photographes genevois, les Pricam et les Boissonnas. Voici le premier épisode.

Ce matin de 1882 à Genève, Henri-Antoine Boissonnas ne chante pas. Pas de Gounod, ce compositeur qu’il chérit. Pas de grand air lyrique. Pas de bluette romantique. Le photographe du quai de la Poste n’a plus de voix. Aux quatre étages de l’immeuble où il vit avec sa famille, ses collaborateurs ont des mines de cimetière. Emile Pricam, le rival honni, vient de s’installer juste à côté, dans un bâtiment chic, pis, luxueux, construit avec l’impudence d’un parvenu. Une érection fatale. Ce n’est pas une provocation, non, c’est une déclaration de guerre.