Jane Austen à la sauce bollywoodienne? Les studios de Bombay ont certainement fait pire, mais ce n'est pas une raison suffisante pour se réjouir. D'Orgueil et préjugés (Price and Prejudice, 1813), plus adapté au cinéma depuis 1940 (Robert Z. Leonard, avec Greer Garson et Laurence Olivier), l'Anglo-Indienne Gurinder Chadha a tiré une bulle de savon kitsch à souhait, qui laisse toutefois dubitatif. Un roman adulte et complexe ne peut-il en effet être réduit au cinéma qu'à un spectacle trivial, aussi mode soit-il?

Tout le projet ne semble reposer que sur une seule observation: comme la tradition indienne, la grande bourgeoise occidentale préfère les mariages arrangés. D'où la transposition de l'action dans les hauts lieux de la diaspora indienne: Amritsar, Goa, Londres et Los Angeles. Pour le reste, chaque personnage trouve une vague approximation qui laisse aisément oublier le roman d'origine. Devenue Lalita Bakshi, Elizabeth Bennet résiste toujours à Darcy, ici transformé en héritier d'une chaîne d'hôtels de luxe. Parviendront-ils à se reconnaître au-delà des clichés et de leurs fiancés respectifs?

Franchement, vu la fadeur des mannequins censés souffrir de palais en décors touristiques, on s'en fiche pas mal. Par contre, on reconnaîtra à l'auteur de Bhaji on the Beach et Bend It Like Beckham une certaine science du spectacle populaire, même si son film paraît souvent hésiter entre l'hommage et la parodie de Bollywood.

Coup de foudre à Bollywood (Bride & Prejudice), de Gurinder Chadha (GB-USA 2004), avec Aishwarya Rai, Martin Henderson, Daniel Gillies, Naveen Andrews, Nitin Ganatra, Marsha Mason.