Parce que Slumdog Millionnaire a cassé la baraque en s’y référant, Bollywood paraît revenu à la mode. Mais en fait, depuis le ballon d’essai et succès surprise de l’énergisant Lagaan (Ashutosh Goriwaker, 2001, 52 000 entrées en Suisse), on n’avait plus vu grand-chose. Après le très kitsch Devdas (Sanjay Leela Bhansali, 2002, 23 000 entrées), New York masala (Nikhil Advani, 2003, 4800 entrées) et Krrrish (Rakesh Roshan, 2006, 1600 entrées), le genre ne semble pas près de se constituer un public fidèle.

Qu’à cela ne tienne, Trigon-Film, l’heureux distributeur de Lagaan, semble enfin avoir trouvé la perle pour retenter l’expérience: Luck by Chance. Titre prophétique? Bien trouvé en tout cas («la chance par hasard») pour cette comédie dramatique/satirique qui suit un aspirant star de Bollywood. Eh oui, le cinéma indien se met à son tour à goûter aux joies de la réflexivité! Ce qui offre une porte d’entrée idéale au béotien occidental, trop dépaysé par n’importe laquelle des 250 autres productions annuelles de l’usine à rêves du sous-continent.

Vraies stars de la partie

Ici, le fil rouge est aisément reconnaissable. C’est la vieille histoire du jeune outsider qui apprend les règles du jeu et sera amené à mesurer ce qu’il faut sacrifier pour réussir. Débarqué de Delhi, le sympathique mais ambitieux Vikram fait la connaissance de Mishra, voisine déjà introduite aux studios (par la promotion canapé). Pendant ce temps, le producteur Rom Rolly perd la vedette de son nouveau film, Zaffar Khan (la méga-star Hrithik Roshan), «en crise». Désireux de donner sa chance à un inconnu, il découvre Vikram, lequel ne tarde pas à s’amouracher de sa partenaire Nikki Walia, fille d’une dynastie d’acteurs, au grand dam de Mish­ra…

Premier opus d’une enfant du sérail, fille du scénariste et sœur de l’acteur principal, Luck by Chance s’amuse donc à dévoiler l’envers du décor tout en respectant plus ou moins les règles du genre. Mais en ménageant la chèvre et le chou, en délayant son réalisme dans les clichés, le name dropping et les numéros musicaux obligés, le film risque aussi bien de ne plaire à personne. D’où son relatif échec au pays.

Pour nous, tout ceci est resté assez indigeste, la mise en scène rappelant plus une sitcom informe que Les Ensorcelés de Vincente Minnelli, Une étoile est née de George Cukor ou The Player de Robert Altman! Simple retard ou décalage culturel insurmontable?

Luck by Chance, de Zoya Akhtar (Inde 2009), avec Farhan Akhtar, Konkona Sen Sharma, Rishi Kapoor, Hrithik Roshan, Dimple Kapadia, Isha Sharvani, Sanjay Kapoor. 2h36.