Musique

Bombers, ou l’art de l’éclatement

Le groupe romand publie un premier album labyrinthique qui voit sa pop maline partir dans toutes les directions. Vernissage ce jeudi soir au Romandie, à Lausanne

Un disque pop? Oui, mais pas seulement. M\W, premier enregistrement de Bombers, est bien plus que cela. C’est un disque qui se fait un malin plaisir à partir dans toutes les directions, qui alterne morceaux chantés et instrumentaux, flirte avec la musique électronique des années 70, transcende le son des sixties, s’aventure en terrain krautrock et flirte avec l’expérimental sans se refuser des échappées psychédéliques. Rien que ça. Et après un voyage d’une quarantaine de minutes passant de l’épique à l’intime, cet album qui se redécouvre à chaque écoute s’achève sur le long «Take Your Time», morceau d’une ahurissante densité mélodique.

Derrière Bombers se cachent trois musiciens, le Lausannois Christian Pahud, les Genevois Michel Blanc et Mark Blakebrough. Le premier est une figure bien connue de la scène alternative romande. Repéré il y a plus de vingt ans au sein de Honey for Petzi, il s’est ensuite embarqué dans plusieurs projets parallèles – Larytta, Lary Pec – tout en réalisant des installations sonores et en composant pour des chorégraphes. Un parcours protéiforme qui lui a valu une nomination au Prix suisse de musique 2015. Le second a quant à lui collaboré avec Honey for Petzi et Larytta, tout en se distinguant avec Sinner DC et Brazen, formation dont le troisième est batteur.

Quatre ans de travail

L’aventure Bombers a démarré en 2012, lorsque Christian Pahud s’est vu proposer une carte blanche par le festival Impetus. Ce prof d’arts visuels, qui enseigne notamment à l’ECAL, se dit alors qu’il profiterait bien de l’occasion pour «mettre en forme des bribes de compositions». Michel Blanc et Mark Blakebrough le rejoignent et, très rapidement, le trio est mûr pour la scène. Deux concerts plus tard, à l’Usine genevoise et au Paléo de Nyon, l’envie de sortir un album s’impose. «Nous avons commencé, il y a quatre ans, par enregistrer toutes les batteries, raconte le multi-instrumentiste. Le reste s’est construit petit à petit, en fonction de nos disponibilités.»

Alors forcément, passer quatre ans sur un disque peut tourner au cauchemar si on est mû par la constante envie de tenter quelque chose d’autre, de rajouter une couche ici, d’en enlever par là. «Il y a en effet un danger, mais heureusement, grâce à un mélange d’expérience et de fainéantise, j’arrive à sentir quand il ne faut plus trop pousser un morceau. Lorsque je suis avec Larytta, on me dit que j’en fais trop, et là c’est moi qui devais freiner Michel. Les dynamiques changent en fonction des projets.» Mais dès le départ, la certitude que le résultat serait protéiforme était là. «Car j’aime autant les disques de Shellac, qui développent une idée et un son, que le White Album des Beatles, qui passe d’une chanson d’amour à un morceau très rock et à des pièces expérimentales.»


Bombers, «M\W» (Vitesse Records/Irascible). Vernissage jeudi 29 mars à Lausanne, Le Romandie, 20h30. Première partie avec The Deadline Experience.

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