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Nikita Teryoshin se donne encore deux ou trois années pour terminer son tour du monde du marché de la guerre.
© Nikita Teryoshin

Photographie

Au bonheur des armes

D’un continent à l’autre, Nikita Teryoshin parcourt les foires militaires. Un univers parallèle, entre chars d’assaut, petits fours et hôtesses de charme, exposé aux Journées photographiques de Bienne

Le regard bute. Sous-marin militaire et brochettes de fruits. Chars d’assaut et enfants. Uniformes kaki et talons aiguilles. On dirait un champ de bataille transformé en terrain de jeu ou en garden-party. C’est précisément cela. Depuis fin 2016, Nikita Teryoshin photographie les foires militaires. Un résumé de ses déambulations en Pologne, en Biélorussie ou en Corée du Sud s’affiche aux Journées photographiques de Bienne. Et on ne sait pas toujours sur quel continent on se trouve.

«La manière de présenter le matériel est toujours à peu près la même. Mais c’est l’opposé de la vraie guerre; il y a des petits fours, on discute, on s’amuse… Tous parlent de défense, alors qu’au bout du compte, les armes serviront à attaquer et à tuer des gens», souligne le Russie établi en Allemagne. La série s’intitule «Nothing personal» et ne montre aucun vendeur de face, manière de dénoncer un système sans jeter la pierre à quiconque. Nikita Teryoshin se donne encore deux ou trois années pour terminer son tour du monde du marché de la guerre.

Le jeune homme, qui se présente comme un photographe de «l’horreur quotidienne», est un habitué des salons: médicaux, agricoles, et même funéraires. «Ce sont des endroits dingues parce que des tas de gens s’y retrouvent, qui partagent le même hobby. C’est un moyen facile d’obtenir des images intéressantes!» Pour un lointain cousinage avec Martin Parr.


Nikita Teryoshin: Nothing personal, jusqu’au 27 mai au Nouveau Musée de Bienne, Journées photographiques de Bienne.


Les autres expos à ne pas manquer

Cette 22e édition des Journées photographiques de Bienne est la dernière concoctée par Hélène Joye-Cagnard. Sarah Girard la remplace désormais, avec la volonté de décloisonner la photographie et de la faire interagir. Tour d’horizon des expositions sélectionnées par Le Temps.

David Denil: Let us not fall asleep while walking (Le Grenier)

Le Belge David Denil s’est penché sur le quotidien ukrainien, après la révolution ayant mené à la guerre du Donbass. Un téléphone décroché, une fenêtre donnant sur un mur de briques, deux jeunes filles en robes fleuries et masques à gaz: l’exposition la plus prolifique du festival donne à voir un temps en suspens dans une esthétique publicitaire.

Classe de graphisme de 2e année de l’école d’art de Bienne: Happy (Schule für Gestaltung)

La thématique de cette édition, pas toujours évidente à discerner, est le bonheur. Les étudiants de la classe de graphisme de 2e année de l’école d’art de Bienne l’ont prise au mot et proposent chacun leur version de la plénitude. D’une pilule bleue à une tasse fumante, en passant par des confettis, des animaux domestiques, un câlin ou de la musique de rue: il est passionnant de voir étalés les bonheurs de ceux qui ont 20 ans aujourd’hui, ou leurs projections.

Lana Mesić: Anatomy of Forgiveness (Photoforum Pasquart)

Plus de vingt ans après le génocide du Rwanda, la photographe fait poser des victimes et des bourreaux, dans un geste de réconciliation. Les mains se touchent, les yeux se regardent, avec plus ou moins de distance. On ne sait pas qui est qui. Sur un bidon, une branche ou une feuille de bananier figure une graduation: l’échelle du pardon.

Les sédiments du bonheur (Photoforum Pasquart)

Le Photoforum a tapissé l’une de ses pièces de vieux rose, disposé des tapis au sol, aligné quelques meubles et babioles d’avant Ikea. Ici et là trônent des albums photo, des cartes postales et des tirages anciens: les images du bonheur selon les résidents de deux EMS locaux. Ils les racontent dans une vidéo projetée sur le mur.

Jaromir Kreiliger: Amicezia (Nouveau Musée Bienne)

Une montagne à la pointe illuminée, un garçon sur un trampoline, un doigt d’honneur sortant de sous une couette, une boule de neige… Le Grison Jaromir Kreiliger explore avec poésie le territoire de son enfance.

Tymon Markowski: Flow (Nouveau Musée Bienne)

Le Polonais a suivi la rivière Brda, ne photographiant que la terre ferme et ses «morceaux de vie extraordinaires», spontanés ou légèrement mis en scène. Par exemple, un type posant en bicorne devant sa caravane, un autre manœuvrant un kayak sur un ruisselet trois fois plus étroit que sa pagaie, une femme avec une palette de peintre en guise d’œillère.

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