Quand un directeur de festival comme Moritz de Hadeln cette année, titre l'éditorial de son programme par «Bonjour, au revoir», que faut-il faire? Impossible de rétorquer: l'interlocuteur a ouvert et clôt l'échange. Moritz de Hadeln compte sur l'impact émotionnel que provoque l'annonce de son départ à la fin de cette 51e édition. Il prend le public à témoin en faisant mine de ne pas y toucher: «Alors que mes collègues de Cannes et de Venise parviennent à rester en coulisses, écrit-il, la presse berlinoise souffre depuis toujours de la maladie d'écrire beaucoup trop au sujet du directeur du festival.» «Je n'ai jamais cherché les feux de la rampe», ose-t-il alors qu'il laisse publier une plaquette relatant ses 22 ans d'exploits au festival (lire Le Temps d'hier).

Si bien que tout ce qui fait l'habillage de la Berlinale finit par sembler imprégné par ce départ. Prenez l'affiche, puisqu'on sait grâce à la nouvelle équipe féminine de Locarno, qu'une affiche peut exprimer la personnalité de ses organisateurs (Locarno 2001 affichera un talon aiguille léopard). Que voit-on sur celle de Berlin? Moritz de Hadeln? Non, ou si peu: au premier plan, un cycliste de face dont le buste et la tête sont cachés derrière un panneau d'interdiction que le vélo ne pourra éviter. Chose étrange, sa roue avant semble actionner un projecteur. A l'arrière-plan, un train en pleine vitesse achèvera le malheureux une fois qu'il aura cogné le panneau de signalisation. Comment interpréter ce visuel torturé? Le cinéma de papa, éclairé à la dynamo, qui succombe au TGV de la mondialisation? Le seul moyen d'apporter une voix singulière, est-il d'avancer seul, quitte à pratiquer un sport de dopé? Ou alors, à force de faire l'original au lieu de raccrocher son wagon, finit-on dans le fossé? Il y a doute, et dans le doute, abstenons-nous de transformer cette innocente chronique en chronique d'un départ trop fanfaronné. Dès demain, c'est promis, place au train des films et à son convoi d'artistes et de vedettes.