Tous les films de Martin Provost se déclinent au féminin. Séraphine évoque la vie et l’œuvre d’une artiste brute, Où va la nuit est consacré à une femme qui s’émancipe en assassinant son mari, Violette fait revivre l’écrivaine Violette Leduc et Sage Femme confronte une sage-femme à une femme folle. Il revient avec un film plus féministe encore que les autres mais beaucoup plus léger.

L’action de La Bonne Epouse se situe en Alsace, au cours de l’année scolaire 1967-68, au sein d’une école ménagère. Mme la directrice, Paulette Van Der Beck, (Juliette Binoche dans ses bons jours), sa belle-sœur Gilberte (Yolande Moreau, actrice fétiche de Martin Provost) et sœur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky qui jubile sous sa cornette) enseignent aux jeunes filles l’art d’être une bonne épouse. Quant à M. le directeur, un os de lapin l’a envoyé ad patres, laissant les femmes se dépatouiller avec ses dettes.

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Sur un air d’Adamo (Tombe la neige) ou de Joe Dassin (Siffler sur la colline), La Bonne Epouse recrée avec humour et finesse une époque proche qui semble incroyablement lointaine. En ce temps, pour une femme, mettre un pantalon semblait une transgression affolante et avoir un compte en banque relevait de la science-fiction. Pour ne rien dire de l’adage «Femme au volant, gare au tournant»…

Voile aux orties

Les adolescentes de l’école Van Der Beck apprennent à devenir de parfaites maîtresses de maison, à mitonner le lapin aux pruneaux, à broder les draps de leur trousseau, «votre passeport pour la vie», dans lesquels on se glisse pour le devoir conjugal et, épreuve ultime, repasser la chemise de Monsieur dans les règles de l’art! Le progrès est en marche: voici une machine à laver le linge pour les assister dans leurs tâches exaltantes.

Pendant ce temps, à Paris, le joli mois de mai s’échauffe. De moins en moins dupes, les filles rêvent de chemins de traverse. La Bonne Epouse n’est pas un film de révolte comme If ou Zéro de conduite, mais une comédie qui, préférant la convergence à la confrontation, bascule in fine dans le musical. Marchant du même pas sur la route, enseignantes et apprenties ménagères se mettent à scander le nom de femmes formidables, «Simone de Beauvoir! Olympe de Gouges! Frida Kahlo! Juliette Gréco! Jeanne d’Arc…» La bonne sœur a jeté son voile aux orties. Echevelée, elle beugle: «Adieu confesse, adieu promesses.» Toute la troupe appelle à la désobéissance et improvise un chant de libération qui ose une rime riche: «La bonne épouse n’existe plus. Poil au cul!» La réalité est certes moins enchantée, mais cette joyeuse dissipation fait plaisir à voir.


La Bonne Epouse, de Martin Provost (France, 2020), avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky, Edouard Baer, 1h49