Scènes

Les bonnes trouvailles de Patrick de Rham à l’Arsenic

Pour ses débuts à la tête du théâtre lausannois, l’ancien directeur du festival Les Urbaines privilégie une relève insolente et électrisante

Les apiculteurs ne font pas de phrases. Ils veillent au confort de leurs abeilles. Il en va de la qualité du miel. Le Lausannois Patrick de Rham, 44 ans, est comme ces apiculteurs: pas de fleurs de rhétorique dans sa bouche, mais des mots clairs et pesés, histoire de butiner en bonne intelligence.

Pour avoir dirigé le festival Les Urbaines, il connaît la jungle artistique lausannoise, ses marais et ses buissons rebelles. Mardi, il accueillait pour la première fois la presse en tant que directeur du théâtre de l’Arsenic, cet accélérateur de rêves où des formes s’affirment, où des talents encore méconnus s’envolent. Il y a présenté une programmation aventurière comme il se doit sous ce toit.

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Rupture, donc, avec la ligne incarnée par son prédécesseur Sandrine Kuster? Grand écart? A l’évidence, non. «Je m’inscris dans la continuité, mais j’entends dynamiser l’institution», explique Patrick de Rham. Il faut dire que la maison fondée par Jacques Gardel possède des atouts: une reconnaissance internationale entretenue aussi bien par Thierry Spicher jusqu’au début des années 2000 que par Sandrine Kuster; la réputation d’avoir lancé beaucoup de carrières, celles, entre autres, de Gilles Jobin, Massimo Furlan, François Gremaud ou Anne Van Brée.

Sur scène, le feu de l’actualité

Mais que veut dire «dynamiser l’Arsenic»? D’abord jouer sur les rythmes, souligne Patrick de Rham. «Nous proposerons deux types de rendez-vous: les spectacles dont la genèse s’inscrit dans un temps plus ou moins long; et des pièces brèves marquées par le feu de l’actualité. C’est pourquoi je ne divulgue aujourd’hui que le premier trimestre de mon programme. J’informerai les médias et le public de la suite tous les trois mois.»

Le mot fétiche de Patrick de Rham était, ce mardi, «activer», c’est-à-dire créer du mouvement. Il entend ainsi inviter de jeunes compagnies locales à profiter de la structure de l’Arsenic pour développer leurs projets et leurs carnets d’adresses. Il veut aussi draguer les habitants d’un quartier en plein essor en ouvrant le bar de la maison du jeudi au samedi. C’est ce qu’il appelle «abattre les murs du théâtre».

Tiphanie Bovay-Klameth, reine de la farce

Sa programmation devrait l’y aider. En ouverture, fin septembre, le chorégraphe suédois Märten Spängberg déclinera sa Substance, but in English: quatre heures et demie de mouvement, de frasques et la possibilité pour le spectateur d’entrer dans la danse et d’en sortir quand il l’entend. La jeune performeuse vaudoise Pamina de Coulon sera pop, punk et philosophe dans Fire of emotions.

Et s’il ne fallait retenir qu’un nom dans les quinze têtes d’affiche proposées? Ce serait celui de la comédienne Tiphanie Bovay-Klameth, farceuse, tragédienne, drôle à se tordre dans D’Autres. «C’est un spectacle phénoménal, le stand-up poussé jusqu’à la folie, s’emballe Patrick de Rham. Il sera d’ailleurs aussi à l’affiche du Théâtre Boulimie.»

Et le contexte lausannois dans tout ça? Au début de l’été, des professionnels s’inquiétaient de la surreprésentation des formes contemporaines, au détriment du théâtre de texte. Sans entrer dans la polémique, Patrick de Rham propose cette réponse: «Je veux d’abord privilégier l’urgence des artistes, quelle que soit la forme. Je n’ai pas d’esthétique à moi, j’ai envie d’être étonné. Seule certitude, notre mission est de présenter des créateurs d’ici. Sur les quelque 35 propositions qui s’échelonneront sur l’ensemble de la saison, près de la moitié est vaudoise et les trois quarts romandes.»

De sa programmation, l’apiculteur en chef de l’Arsenic affirme qu’elle est originale. Disons qu’elle pique la curiosité et que le miel devrait être bon.


La saison de l’Arsenic

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